La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

DES MONOPOLES D'ÉTAT 537 Allemands, lit-on, dans un Rapport de la très conservatrice Société des agricullettl's cleFrance, les Allemands ont prouvé la possibilité de l'unité des tarifs en la faisant. « Depuis 1880, les 12 ou 15,000 kilommètres de chemins de fer de l'État prussien, qui forment les artères principales de la vie militaire et de la vie commerciale, sont régis par un tarif général commun très simple qui comprend tous les prix dans un fascicule d'un petit volume, et auquel adhèrent successivement toutes les compagnies et tous les États-, Hesse, Bade, \Vurtemberg, enfin la Bavière dont l'adhésion ne se fera pas longtemps attendre si elle n'est pas déjà donnée. Et dans ces conditions d'unité, les chemins allemands marchent et marchent bien, trop bien même au point de vue des intérêts français concurrents. « Pourquoi donc celle unité, au moyen d'un tarif d'Etat, réussitelle en Allemagne, tandis que jusr1u'à présent elle échoue en D'rance? Parce que, pour faire un tarif d'Etat, il faut avoir la propriété des chemins de fer. « L'Élat allemand a pu faire un tarif d'Etat parce qu'il possédait les lignes les plus importantes. « L'État français ne le peut pas parce qu'il ne possède que des lignes secondaires, et qu'aux termes du cahier des charges d'une concession de chemins de fer, l'initiative des tarifs étant réservée aux compagnies, il ne lui appartient pas de leur prescrire un tarif d'État (1). » Contraires aux améliorations de détail, les compagnies ne sont pas plus favorables aux innovations. (1)Voici comment s'exprimait, en mai 1886, l'Economist de Londres, en parlant des tarifs français dits de pénétration: • En cc qui concerne les tarifs de pénétration, accorder aux fabricants étrangers, pour le transport de leurs matières premières, des tarifs supérieurs à ceux imposés aux grands fabricants nationaux, c'e,t donner aux premiers sur les seconds un a\'antage tel, qu'il peut èt,·e d'an poids déci,Jif clans la lutte pour la fow·nitw·e des marchés ,ieutres. "Si clans ane cille f1·ançaise, deaœ fabricants supportaient des tarifs l'un <ilecéet l'autre ùife,·ieur, pour le tra11sport des matiè1·es p1·emièl'es qu'ils emploient, l'injustice seraitfla9r·ante et personne ne la contesterait. Or, cette injustice n'est cel'taincme,it pas moùulre alors que l'acanta9e est p,·atiqué par une compagnie de chemins de fer français à l't!9cwcld'un fabricant suisse de Bâle au clésaoa,ita9ccl'unfabricant français. « L'Etat a établi en faveur de la production nationale des droits protecteurs, et les chemins de fer qui sont subventionnés par l'Etat, combattent et renversent même cette politique en concédant aux manufacturiers étrangers des avantages déniés aux industriels nationaux. " La rébellion est-elle en effet assez flagrante, et lo mépris de toute consid~- ration sociale assez caractérisé?

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