La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

DES )fONOPOLES D'ÉTAT 5S3 et dont :\I. Crozet-Fourneyron, membre de la commission, a pu voir les feuilles de service, n'ont pu faire consigner au registre du dépôt la durée anol'male du service qu'ils avaient fait. Les Compagnies n'aiment point que la lumière se fasse sur cette question de la durée du travail des mécaniciens et chauITeurs (1). » Au cours du procès qui suivit, en 1883, l'efTroyable accident de Roquebrune-Monte-Carlo, la cour d'Aix rendit un jugement motivé par des attendus qui contiennent des paragraphes comme ceux-ci et qui sont une irréfragable démonstration de la culpabilité des compagnies : « Attendu que la coîncidence d'erreurs commises par un si grand nombre de personnes toutes irréprochables d'habitude, toutes signalées par leur humble dévouement à l'accomplissement du devoir jointe au concours de causes si diverses et si multiples, semblerait être le résultat d'une force supérieure à l'humanité, si on ne s'apercevait qu'il faut l'attribuer à des responsabilités non déférées à la justice; « Qu'en e!Tet, la Compagnie Paris-Lyon-:\Iéditcrranée impose à ses employés des exigences surhumaines; « Que les retards si frcquents sur cette ligne à voie unique sont imputables à son administration, notamment à l'insuffisance notoire du personnel, et que ces retards font naitre la chance périlleuse qui a tourné ici en catastrophe ; cc Que les précautions spécialement nccessitées par les circonstances exceptionnelles au milieu desquelles s'est produit ce malheuheureux évcnement ont été, comme elles sont constamment, négligées; « Attendu, en définitive, que si le prévenu est l'auteur inconscient de l'une des causes prochaines de l'événement, l'ensemble de ces causes prochaines est dominée par une cause primordiale et gcnérakiee à laquelle remonte et dans laquelle se concentre toute la responsabilité. » . A qui contesterait le parfait mépris des compagnies pour la vie des voyageurs, on pourrait rappeler cette grave assertion du baron de Janzé, un des plus intrépides adversaires des grandes compagnies: « A la séance du 26 février 1880, je rappelais la réponse faite au député Hénon par un chef de service de la Méditerranée auquel il proposait l'adoption d'un système de préservation contre les accidents. Si nous adoptions ce système, il nous faudrait dépenser pom· l'établù- une somme supérieure au montant des indemnités que nous (J) Le baron DE JANZÉ : Les se,fs de la ooie ferrée.

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