La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA REVUE SOClALISTE peu d'employés peuvent arriver ; les molestations et les renvois arbitraires les ayant obligé à quitter le service avant le temps; pom· les mécaniciens soumis au terrible travail que l'on sait, c'est la mort par épuisement qui libère les compagnies de la pension de retraite qui leur serait due (1). En cITet, les directeurs fixent l'âge à 55 ans, les années de services à 25. Or, le docteur Duchêne, après avoii· étudié la question avec le concours des ingénieurs et de l'administration en France, en Belgique, en Allemagne et en Angleterre, fait cette déclaration : « Il y a peu de mécaniciens qui puissent faire un service actif plus de 18 ans, et je ne crois pas qu'ils puissent dépasser plus de 20 ans. » - Le nombre des mécaniciens mis èi la 1·efraite dcms les conditions réglementaires, de 18ü3 èt 1873, était de 5 pour l'Ouest, de 2 pour le I'.-L.-.\I. et de Opoul' le Midi. Pour protéger la caisse de retraite, la limite d'âge et de service est une bonne barrière ; mais autour de cette caisse, les directeurs ont construit tout un système de chausse-trappes, clans lesquelles (1) I.e mécanicien Louis llul'(, très malade, ne peut partir : 20 francs d'amende! Quelques jours après, Yisitc du médecin qui lui dit: « \'ous n'êtes pa~ malade. " Commandé par la feuille de se1•,·icc pour conduire le train rapide de Paris à Tonnerre, le chef du dép0t lui dit: • l>al'lcz ou subissez l'application du règlement. » Le refus de serYicc, c;·cst la réYoration. Il part et, arri,·é à )lontereau, on ('Onstate qu'il ne peut continuer. Il rcYient à Paris, dans un compartiment réscr,·é. )Joins de quinze jours après, il meurt victime du service commandé ! Cnc émotion extraordinaire se communique sur tout le réseau; spontanément une souscription s'ouHe pour honorer la mémoire de cc nouYcau martyr de la Compagnie P.-L.-)1. Une pierre funéraire est dressée au cimetière de 13ou~irnl. I.e peu de cas que les Compagnies font des a,·is de leurs médecins ressort de la cil'C"ulaire suirnntc. L'ingénieur de traction, M. Crouzet, de l'.-L.-)1., adresse des orJrcs formels à ses chefs de dépôt, et, sans s'inquiéter des médecins, il leur enjoint ce qui suit: • II se trou,·c toujours des agents malades juste au moment où il y a uo surcroît de scn·icc à fai,·c. J c vous recommande la plus stric;tc attention dans la délin·ancc des bulletins de maladie ... • Pré\'cnez ces agents qu'il nous faut des méeani,;iens et des chauffeurs ,1ui puissent faire le scrYice sans être arrêtés par des indispositions quckonques. « Dites à ceux d'entre eux dont la santé est trop faible pour satisfaire à <·es conditions, qu'ils seront rayés des cadres comme impropres au scr\'ice, s'ils 11cchangent d'attitude. « J'appelle toute rntrc attention sur cc point. • L'ù1r1énieur de t,·action, « Signé: CnouzET. • Ain,,; un agent, après 15, 18 ans d'un scnice, tombe malade, il doit ,lisparaltre de~ ,;adres sans droit à la retraite. (Eugène DEL.\TTRE: Dure condition des employés de chemin de fer, Paris 1881.)

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