La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

DES MONOPOLES D'ÉTAT dix ans dans les cartons du Cuvinot déjà nomm6 et n'en est sorti que mutil6 et réduit à rien. Il s'agissait pourtant de réagir contre des faits de ce genre : « Dans certaines Compagnies les services de roulement sont organisés de telle sorte, que des mécaniciens sont forcément alJscnts 7 et 9 jours de chez eux; que, dans d'autres (les plus heureux ceux-là), où la durée de l'absence est moins longue, ils ne font que des apparitions de quelques heures, soit de jour ou ùe nuit; et ceci commence le 1" janvier pour finir le 31 décembre; que devient la vie de famille dans ces conditions ( l) '? ~ Tout le reste à l'avenant. Amendes arbitraires et ruineuses dont les compagnies se font une source de revenus (2) ; confiscation systématique des retenues faites en vue d'une retraite à laquelle bien (1) Journal la Qae,tion wi,·iale de Borùeau, (1891 . • .\u dépôt de Tonnerre, les mécaniciens ::;eplaignent d'un h·avail excessif. Leur service est organisé de telle sorte qu'ils ne pcurnnt passer dwz oux plus do quail'c ,\ cinq nuits par mois; le re,tc du tomp, ib sont conùanrnés a coucher dan, des corp, de i::ar,lc d'une insalubrité notoire, sou,cnt infects. A , rai dirr, ils n'unt de repos que quand ils sont maladl'o. • Citons comme cxcmpl1' de travail exagér,·, le s,,rdcc du mi,eanicicn partant do Tonnerre par le tram :,1;: il rentre ,, ,on dt'•pùt p:,1· k train 61, après ;,8 heures de scr,·iee sur 8 h. 30 de rrpos (pièce n• 9'. La fatigue t~t tello que, parfoi~, le mé,·anicien cl le ehauffour dorment altcrnati,·cmPnt hui· la machine. Quand le chauffeur ne sait pas conduire, de, mcz les danger, que peut courir le train L. • li faut que les voyageur,, des trains rapides sarhent qu'ils sont exposb â a,·oir, pour le,; conduire, de, hommes qui , icnncnt de faire 28 heures de travail sans repos réel.• (Eugène OE1. \TT1t1:, d,•puté : Dw·e eo111litionclt!3e111ployé3 de cltemin de fer.) (2) La Compagnie de la :\lé,literranfo trouve !outil naturelle cette fa,;on de procéder et déclare ne s'être jamais préoccupée du r,'prochc •1u'on pou1·ait lui adre:.,scr de cher-citer û bé1u:flcie1· ,ru· son personnel au 111oyen cle:Jcunc,ules. Cependant le reproche de puuss1•1·les chefs il mul1iplicr les amendes, source de bénéfice pour ccLtc Compagnio, a été formulé plus d'une fois contre la Méditerranée, et nous li,ons dans le compte rendu du procùs des mécaniciens de celle compagnie, jugé le 2.i nwi llli:l par le tribunal de commerce de la Seine : • Les minist,·es et le public sa,·cnt-ils quo les gratifications distribuées aux chefs de dépôt sont trop sou,·ent 1•11 rr•1-1m1·1ace, les <1mendes injli{Jées 1 li n'y a pas très longtemps, un chef de dépùt, étonné de n'avoir pas rc\·u comme ses collègues les gratifications accoutumées, vient à Paris en domandcr la raison. On lui répond tout simplement: • Lo ser,·ice se fait trop bien dans votre dépôt, on n'y inflige pas d'amendes, et ,uus comprenez ... » Ce chef de dup6t <'omprit, en effet; il comprit qu'il devait faire du zclc et que les [/Ntlijications étaient subordo,uu!,•s au 110111b1·e et à l'i111pol'tancedes retenues à opé,·e,· sw· le mai9re salaire de ses r!wu,Oeun et de ses méca,iicie11s. En fait, les règlements sont ainsi établis, qu'un chef de dépôt peut supprimer, par des retenues, la solde de ses agents et recevoir des gralifü·ations en conséquence. • (Le ba ron DE JANzt, député : Les se,'fs de la ,:oie fe,,,·ée.) 34

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==