DES MONOPOLES D'ÉTAT 525 d'une politique vigoureuse vis-à-vis des compagnies. Mais les plus éclairés comprenaient bien qu'il fallait frapper plus haut et dégrader les compagnies au lieu de tenter de les moraliser. Pour tout le monde l'heure du rachat qui s'effectuait en Allemagne, semblait venue pour la France. Paul Lafargue pouvait écrire clans ce style insisif et mordant qui est le sien : « Ainsi donc, la fameuse antinomie de Proudhon, qui devait aller s'accentuant jusqu'à la consommation des siècles, se résout simplement dans l'absorption des chemins de fer par l'État bourgeois, et. cette expropriation des financiers est devenue impérieuse non seulement parce que les directeurs faisaient peser un joug de fer sur l'agriculture et l'industrie, mais encore et surtout parce que la vora• cité <lesfinanciers compromettait l'existence même des chemins de fer. L'ironie de cette fatalité historique est que cette centralisation est commencée par un gouvernement gambettiste, par le gouvernement le plus dévoué à la finance qui ait jamais gouverné la France. Je partage la douleur des linanciers: avec les chemins de fer, ils vont perdre un des plus puissants moyens qu'ils aient jamais possédé pour mettre au pillage les biens de la nation : sic fata voluerunt. Mais qu'ils se consolent; comme le prolétariat n'a pas encore mis fin à l'exploitation capitaliste, ils trouveront <l'autres champs à ravager (1). » Que toujours il y aura loin de la coupe aux lèvres! La haute Banque ne désespéra pas si vite : avec une habileté et une audace qu'il faut reconnaître, elle s'acharna tout entière contre le {Jl'and Ministère qui devait commencer le rachat. La presse radicale circonvenue, et que d'ailleurs la piètre politique et les tripotages de l'opportunismeavaicntexaspérée, fit chorus avec la presse orléaniste contre le gran<l ministè!'e, et six semaines après, conformément aux désirs insolemment exprimés de Rothschild, Gambetta, qui d'aillew·s avait manqué <lu véritable souffle réformiste, était renversé. La haute Banque avait vaincu, et deux ans après, cieux trans• fuges du gran<l ministère, David Raynal et Maurice Rouvier, l'iln comme ministre des travaux publics, l'autre comme rapporteur, faisaient, avec la complicité de Jules Ferry, président du Conseil, et de Constans, président de la Commission, voter ces conventions scélérates qui livrèrent pour soixante-dix ans nos six grands réseaux de voie ferrée aux Rothschild, aux J\Iallet et autres Blount. Camille Pelletan écrivait récemment dans la Justice que les conventions du 21 novembre 1883 ont été la cause principale de la crise d'opposition que la coalition boulangiste a rendu un moment si dangereuse pour la République elle-même; et c'est vrai. (1) Paul LAPA!lGUE, dans la Reoue socialiste de 1880.
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