La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

524 LA REVUE SOCIALISTE Il y eut mieux: en 1881, sous la bonne influence de M. Lesguiller, député de l'Aisne, et de solides partisans de l'exploitation des voies ferrées par l'État, comme l\IM. Vauthier et Chériot, le rachat des chemins de fer devint partie intégrante du programme économique de Gambetta. Il parut que l'on avait cause gagnée. Les compagnies de chemins de fer, dont les effroyables abus de pouvoir vis-à-vis des employés trouvaient depuis dix années des flétrissures éloquentes devant le Parlement (1), devinrent l'objet de l'exécration générale. Tant de cruauté et de malhonnêteté vis-à-vis de leurs employés, un mépris si complet de la sécurité des voyageurs et des intérêts du public avaient révolté tous les esprits. Les plus modérés demandaient pour le moins un contrôle énergique de l'État et l'adoption trnrnilleurs de soliclari,er leurs iulé1·èts HOuscle, formes diverses. I.e dévelop• pcment M la comliinai,on ,lu cré,lil et de !"assurance; la suppression des linels et des artides <lu Code cinl établissant l'inégalité de droits de l'ouvrier cL du patron; l'intervention des oun-icrs dans les règlements des ateliers; la. gestion des caisses oun-ièrcs par les ounicrs; l'interdiction du trnvail des enfants audessous d'un ù!'e déterminé; la réduction des heures de travail, mesure que la concu1Tcnce oblige :\ ,·..,nclre d'une application ,générale et ,p,i, contrairement à l'attente d-,s écononn,tcs, non seulement n'ri pas produit l'abaissement des salaires clans les p,1~·s où clic a. été a.pplir1uéc, mais a causé leur élé,·a- ,ation sur plu,ieur, points; la liquirlfltion ci< s 91•a11rlesCompa9,1ie~ de chemins de fer, ,·wia11x et 111ine,,et l'expfoitatirm de ces i11r/11.,t1·ù•'l I""' l'en- 'lem/Ac de ,·ei,.r qui leR 111t'tte11te11œuc,·e et à lew· pro.fit; l'adjudication des traxnux pulJli<'s aux as~oriation'S ou,..-iC1·cs1 etc., etc. • (1 Des cl,,cembre 1871, la prote,tation contre les oppressions et les spoliations des compa;:nies fut inaugurée par uno accablante pétition clc 8,000 mécaniciens et chauffeurs, relativement il rexcè, de tra,·ail, il y était dit : • Il nou~ arri,·c fréquemment de t,·acailler q11ara11tehew·e, •ans repos et s011cent ,/011.:e!te11re~.•ans 11w11_rye1•, endurant la pluie, le \'Ont, le froitl et la neige, pour ~tre lc plus sou,·cnt très impoliment re~us par des chefs subalterne, quand nous demandons le repos jugé nécessaire par les ingénieurs qui ont étalili les roulements de marche. • ,:,,;onmoins ré\'oltants étaient les faits signalés concernant les renvois dont le motif caché était le dé~ir des aclmini.trateurd de s·approprier le moulant des retenues qui, pendant de longues années, a,·a.icnt éto imposées aux malheu• reux se,•fs de la ,·oie fcrr.::e, préle.nduement pour alimenter uue cai,se de retraites, dont la plupart finissaient par ètre exclus. L'abus cyni,1ue des amendes, 111.mau,·aisc foi des administrateurs vis-à-,is des victimes de leur rapacité, 111.complicité des ingénieurs de rt-:tat cl de la haute magistrature, furent démontrés il la tribune avec un luxe do preuves ér,rasanl, gràce notamment il lïntcneolion du baron de Janz6 cl de M. Dclattre, ei le débat eut pour evnclusion •m remarquable rapport et un lion projet de loi de ~I. • ;\largue. \'oté par la Chambre, le projei de loi rut enterré au :-ïénal, où un sieur Cuvinot fit attendre dix ans son rapport. Il en est sorti un texte de loi mutilé, doni l'efficacité sera nulle. Encore une fois la haute banque a fait la loi aux législateurs et les a amenés à sanctionner ses \'Ols et ses injustices.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==