DES !11ONOPOLESD'ÉTAT 52;3 trie naissante des chemins de fer, les perfectionnements et les économies, tandis qu'autour de nous, les peuples voisins jouiront de ces réformes et que leur commerce en profitera pour prendre un nouvel essor, le comme,·ce français ,·estera enchainé à des tm·i{s immobiles, et le peuple sera déshél'ité pendant un siècle clu {ruit des p1·ogl'èsaccomplis, parce que l'État aura été assez imprudent pour livrer les chemins de fer à l'intérêt privé, c'est-à-dire à un intérêt égoïste, étroit, que rien ne pourra vaincre dans sa résistance, ni la concurl'ence, impossible entre les YOiesde communication qui aboutissent à des points difîércnts et qui d'ailleurs tendent à se concentrer dans les mêmes mains, ni la i·evision des lal'i{s, que, seul en Ettl'Opc, le goiwel'11ement{rnnçais a l'impal'clonnable imprévoyance de ne pas se i·éservel'. » Sans tenir nul compte de ces sages paroles, on livrait tout aux compagnies, les tarifs comme le reste, et Proudhon pouvait s'écrier en 1803: , « Livrer à des compagnies de spéculateurs de pareils monopoles, c'est plus qu'une forfaiture, c'est un guet-apens tendu à la nation par son propre gouvernement. « AYec ce régime, les compagnies, sans sortir des termes de leur contrat, peuvent ruiner ou enrichir qui bon leur semble; faire la cherté ou le bon marché, le vide ou l'abondance oü il leur plaît ; arrêter la production ou la surexciter; tuer l'industrie dans un département et la développer outre mesure dans un autre, etc. (j.). » Toutes ces craintes se sont réalisées à la lettre, et la République, au lieu de réparer les fautes de l'Empire, les a aggravées. Aux funestes conventions de 1t!:.l8,de 183:2, de 185!), il faut ajouter celles de 1883, si bien nommées par M. Yauthicr : les conventions scélérates. Rien ne pouvait les faire prévoir. En 1880, le parti radical s'était hautement prononcé pour la suppression des grandes campagnies (2). (1) P.-J. PRouo11ox: Des réjo,·mes à opéi-e,· clans l'exploitation des chemins de j'eP. (2) Discours de i\l. Clémenceau, à ~larseille, le 28 octobre 1880. Le pro• gramme économique du parti radical y élait ainsi esquissé: " Le procès <les impôts indirects u'e,;t plus à faire. Leur suppression et leur rcmplacemcm par un impôt progre,sif sur les rHcnus el sur les héritages agirait puissamm~nt à l'encontre <les forces ,1ui produisent actuellement l'exeessiYc accumula1ion <les capitaux, outre que celle réforme serait <l"une grande portée au point de Yue social, elle fournirait le moyen de pourvoir à l'exécution du plan <l"éducation nationale. • La création d'institutions nées de la liberté d'associaUon: chambres syndicales, sociétés de production et de consommation, etc., etc., permettrait aux
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