La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

DES MONOPOLES D'ÉTAT 521 furent foudroyants, et ce qu'il advint fut tel, que le ministre LacaveLaplagne, un haut bourgeois cependant, déclarait, peu de mois après, à la tribune, que • la résistance des compagnies financières aux vœux du gouvernement et du commerce était une calamité publique ». Cc n'était pas exagéré: dans la période de 1838-1839, les scandales, les ruines et les rafles dépassèrent tout cc qu'on avait vu depuis le temps de Law. Les actions des chemins de fer montèrent, sans que l'on sût pourquoi, de 1,000 à 3,000 francs, pour retomber lourdement à rien, quelques jours après. On fit si bien qu'en 1839 les concessionnaires ayant ruiné leurs actionnaires en s'enrichissant, eux, s'adressèrent à l'État, qui les reçut comme autant d'enfants prodigues et leur distribua, sous forme de cession de travaux effectués, de secours pécuniaires et de garantie d'intérêt, etc., l'argent des contribuables. Il donna tout, ce brave État bourgeois, ne se réservant que de jouer au Géronte modèle, délices du fils débauché. En l'occurrence, le fils débauché dissipa tout encore, et, en 18'12, eut lieu un nouveau recours à l'État. Celui-ci, inépuisable clans sa générosité pour les insatiables, livra, avec sa désinvolture habituelle, d'autres millions par centaines. Ainsi la féodalité financiè1·c allait rapinant et spoliant, sous l'œil, débonnaire pour elle, de l'État bourgeois complice. Et que nombreuses furent les victoires qu'elle remporta au détriment de l'intérêt public! Une des plus scandaleuses fut, à cette époque, le marché obtenu en vue de la construction et de l'exploitation du chemin de fer du Nord par Rothschild. Sur cent soixante millions à dépenser, l'État en dépensait cent, il prenait à ses frais l'achat des terrains, les travaux de terrassement, etc.; M. de Rothschild n'avait qu'à poser les rails et à se pourvoir du matériel: dépense, GO millions. En retour de ces 60 millions, il avait la jouissance, pendant guarante ans, du chemin de fer du Nord dont les bénéfices nets, qui sont depuis montés à des taux si élevés, étaient évalués dès lors, par les intéressés eux-mêmes, à 15 millions par an (1). • Toujours avec cette générosité pour les dévorants procéda l'État bourgeois. Dans une brochure financière toute en faveur des hommes de Bourse, M. A. de Laveleye (qu'il ne faut pas confondre avec son frère, l'illustre économiste) (i) entre dans le détail des diverses subventions toute gratuites de l'État français aux compagnies, et, ces chiffres en main, nous arrivons au constat suivant : (1) B. MALON: L'Agiotage de 1717 à 1870. (2) A. DE LAVELEYE: Ili.$toireflnancière des chemi,ia de fer françai.$.

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