520 LA HEVUE SOCIALISTE calculer d'ici la portée. C'est la conquête du monde, des espaces, du temps; cela multiplie à l'infini les forces et l'industrie humaines par tous les obstacles que cela abrège. C'est l'inconnu, mais c'est l'inconnu certain. La nation ou le gouvernement agira-t-il par lui-même, ou s'abstiendra-t-il scrupuleusement de l'action, et Iaissera-t-il agir les individus et les compagnies, association d'individus? La question est là tout entière. Elle est immense, clic est politique, elle résout ou perd notre avenir, elle implique toute notre destinée active, elle est le nœud de notre progrès ou de notre stagnation perpétuée, dans l'impuissance où l'on vous tient. Elle vous avance ou vous retarde <l'un siècle, selon que vous la résoudrez. Elle Yous place à la tète ou à la queue des nations industrielles, elle inféode votre génération à l'esprit borné de l'individualisme incapable de grandes choses, ou elle fait de vos 30 millions d'hommes un seul être agissant dans sa liberté, avec toute sa force et sa volonté réunies, disciplinées, irrésistibles, et en vue de ses intérêts généraux, de l'universalité de son territoire, et de la perpétuité· de sa durée comme peuple. Voilà, oui, voilà la portée de la décision que vous allez prendre. « Le gouvernement ne peut abdiquer son rôle et inféoder l'avenir de la viabilité de la France à une puissance d'intérêt indi,·iduel. « Comment feriez-vous ensuite les modifications de tarifs, les améliorations et les perfectionnements? « Les compagnies seront un jour maîtresses du gouvernement et des Chambres, elles auront entre les mains un pei·sonnel et des intérêts plus forts que ceux de l'l~tat, elles seront investies d'un monopole écrasant, elles seront maîtresses des élections (censitaires) quand elles le voudront : le bénéfice des actionnaires sera substitué au bénéfice social. » Mais les ventrus ne voulaient rien entendre, ils opposèrent à ce noble langage les vides discours des Berryer et des Duvergier de Hauranne; cependant la bataille était indécise, lorsqu'une défection républicaine détermina la défaite de la démocratie. M. François Arago est ce savant qui prétendait, au commencement des chemins de fer, avoir démontré scientifiquement que « les roues de la machine et celles des wagons glisseraient sans arriver sur les rails polis ». Ce précédent valait titre pour les doctrinaires : M. Arago fut nommé rapporteur. Aussi clairvoyant en politique qu'il l'avait été en science appliquée, il battit en brèche le projet ministériel et fit livrer (à la grande joie des hommes de Bourse et des agioteurs de tous poils) l'exécution des voies ferrées de la France aux compagnies financières. Ce devait être une faute irréparable. Dès l'abord, les résultats
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==