DES MONOPOLES D'ÉTAT 5Hl compagnies rivales se disputant par l'ignominie des pots-de-vin la protection des ministres, des chers de bureau, des pairs de France, des députés, des hommes de cour, des principaux commis; la corruption et son venin partout, l'amour du gain devenu comme une publiqueivresse; la société enfin transformée en une arène d'agioteurs. » Au point cle vue indttstl'iel : L'action des compagnies ne serait pas moins ruineuse; elles voudraient rentrer de suite dans leurs débours, et de la sorte forcer les tarifs et nuire par la cherté des transports à l'industrie, tandis que !'.État ayant le temps d'attendre pourrait établir des tarifs raisonnables, favoriser ainsi la production nationale et faciliter les échanges. Au point clevue général: N'était-ce pas folie de livrer par les chemins de fer « tout le domaine de la production à de simples particuliers spéculateurs, ou gens de finance! « Et l'on ne voyait pas cc qu'arriveraient à oser contre l'intérêt public, des associations devenues plus puissantes de jour en jour, par leurs accointances, par la position de leurs membres, qu'on trouverait dans chaque poste important : et dans les bureaux du ministère, et dans le Conseil d'i'~tat, et dans les Chambres, et dans les tribunaux, et il la cour, et dans la presse! On ne songeait pas au formidable réseau dont on allait envelopper le pays, cette tyrannie multiple, mobile, insaisissable, ayant pied partout : ;véritable État dans l'État! en Belgique, l'exécution des chemins de fer par le gouvernement avait été considérée comme le meilleur moyen de consolider la révolution de septembre et de défendre la nationalité belge contre la maison d'Orange; et l'on avait eu raison. C'était donc une féodalité nouvelle que l'on prétendait organiser! Qu'on y prît garde! Car, cette fois, le joug ne serait pas de fer, il serait d'or; et pour le briser, une seconde nuit du li. août ne suffirait pas . .Mais, en cas de danger, ne pourrait-on exproprier les compagnies? Les exproprier! Oui, peut-être, mais au prix d'un bouleverseme·nt clTroyable. Et, si les compagnies se trouvaient composées d'hommes anti-nationaux, quelle carrière ouverte à la trahison clans une circonstance critique » (1)! _Ledéputé Joubert défendit énergiquement les prérogatives de l'Etat dans toute la discussion. 11 fut brillamment aidé par Lamartine, qui fit entendre cette clairvoyante déclaration : « Il s'agit des plus grandes aITaires qu'un pays ait jamais eu à mener à bonne fin, de se créer par les routes de terre une viabilité politique, commerciale, militaire, industrielle, dont nul ne peut (1) Louis BLANC: Jlistoire de dia: ans.
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