La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

518 LA REVUE SOCIALIRTE 1830, et il contribua grandement au développement économique de son pays 11). Entrainé sans doute par l'exemple que venait de donner le grand ministre belge, le ministère français de 1838 présenta, par l'organe de Martin (du Nord), ministre du commerce, un projet fort bien conçu de construction et d'exploitation par l'Etat de neuf grandes lignes de voies ferrées. « Le projet était plein de hardiesse et d'éclat, par'raitcment motivé, digne enfin du gouvernement d'un grand peuple; et le ministre du commerce, ~I. Martin (du ?\'ord), aurait conquis une place honorable dans l'histoire s'il avait mis à le soutenir Je courage qu'il fallait à le présenter. Mais la proposition ne fut pas plus tôt connue, qu'un cri de fueeur partit des premiers rangs de la bourgeoisie. L'exécution des chemins de fer par l'f~tat enlevait, en effet, aux: banquiers, aux faiseurs d'affaires, aux:joueurs de l'industrie, aux capitalistes des deux Chambres, une proie sur laquelle ils avaient compté. Leur colère s'exhala de toutes parts en termes passionnés. Ils prétendirent que le gouvernement était incapable, en thèse générale, d'exécuter les travaux publics; que les cornpagnies particulières devaient en être chargées, parce que, pressées par l'aiguillon de l'intérêt privé, elles agiraient plus économiquement et plus Yile; que l'esprit d'association avait besoin d'être encouragé en France; que l'occasion était admirable et qu'il y avait nécessité de la mettre à profit (2). Pour la première fois, les ventrus se rebellèrent contre le ministère et, par contre, l'on vit le parti républicain prendre la cause de l'i'~tat contre les repus complice::;des hommes de Bourse. Dans la presse le National, le Bon sens et le Joumcil du Peuple, se prononcèrent pour l'exploitation par l'État. Leur ,ll'gumentation ne manquait pas de solidité; on en jugera par cc résumé: Au point de vue moi-al : Livrer les chemins de fer aux compagnies, c'était les livrer aux spéculations d'une « foule avide, eITrénée », toute à la recherche de primes scandaleuses, toute vouée à l'agiotage. On verrait les dominateurs de la Bourse s'enrichir des ruines publiques, les actions prises uniquement pour être vendues, et vendues à des prix monstrueux, au moyen de hausses factices ; à la place des travaux: publics, et comme conséquence, les gros joueurs enrichis et les actionnaires sérieux soudainement précipités dans la misère; les concessions li1Tées argent comptant par les fonctionnaires prévaricateurs; les (1) Véritable socialiste d'État avant la lettre, Th. Rogiers tenta d'arracher au~si les houillëres :i. l'exploitation des compagnies linanciilres, mais il fut vaincu par la coalition financière et haute uourgcoise. (:!) Louis BLANC : Histoire de dia, ans, p. 311.

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