La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

514 LA HEVUE SOCIALISTE C'est en effet de cette liberté-là que les libéraux économistes ont souci avant tout, et c'est pou1· la défendre qu'ils qualifient de liberticides toutes lois !imitatrices de l'oppression et de la spoliation capitaliste; toutes les mesures promotrices de probité commerciale ou défenderesses des intérêts généraux contre quelques puissantes rapacités particulières. Pour les théoriciens <lu laisse:; faire, on attente à la liberté du travail lorsqu'on s'attaque aux concentrations capitalistes les plus manifestement malfaisantes. Ils ne font pas d'exception, et pourtant, a remarqué .J .-S. Mi1, il y a des choses qui ne peuvent devenir articles de commerce sans devenir nécessairement articles de monopole. En ce cas, le devoir de l'État est bien tracé : intervenir au nom <le l'intérêt commun et, au besoin, transformer en service public le monopole qui, entre les mains d'une compagnie financière, ne peut être et n'est qu'un instrument de profits particuliers et de profits d'autant plus considérables que les travailleurs sont plus mn.ltraités, plus exploités, et le public plus mal servi et plus rn.nçonné. Il est difficile de contester cc principe, mais on veut échapper aux conséquences, en arguant de l'incapacité administrative de l'État. Ainsi, c'est au moment où Je développement de l'instruction, la liberté de la presse, l'exercice du suITragc universel et la multiplicité des intérêts en cause rendent plus difficile la mauvai;c gérance de l'État, que les économistes Jibé1·aux osent conclure à la supériorité des monopoles particuliers sur l'administration sociale. Il est vrai que les gouvernants tendent à ce résultat, au moins en France. Par une incroyable aberration, c'est à des thuriferaires des grandes compagnie:-; oppres!"ives, agioteuses et spoliatrices que les pouvoirs publics confient l'enseignement de l'économie politique dans les écoles administratives, de sorte que l'État paye pour que l'on enseigne aux futurs titulaires de ces services que l'action sociale est contraire n.ux loi:: naturelles, et que pour le délégué ou l'employé d'administration le devoir consiste à faire le moins et le plus mal possible. De là les gaspillages et les fainéantises qui sont la honte des ministères, le lléau de certains services ; de là ces complicités lâches des ingénieurs et inspecteurs de l'État au bénéfice des compagnie;:; financières qu'ils devraient surveiller et qu'ils encouragent dans leurs malfaisances et dans leul'S prévarications, au détriment de l'intérêt public dont ils ont la garde et qu'ils trahissent. l\lais ces faits de mauvaise éducation sociale, <l'ambiant immoral et d'indignité personnelle, ces faits tout accidentels et dont une sérieuse réforme administrative s'inspirant de principes socialistes aura raison, ne peuvent être sérieusement invoqués contre l'action

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