La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

50-! L.\ REVUE SOCIALl::iTE parce que l'auteur tombait jadis, au Vaudeville, un député républicain? La raison serait d'autant plus mauvaise, que le Député Lel'eau s·cst Ycngé en tombant un tant soit peu son auteut·. ~lais passons au .\forùtge blimc, la Comédie-Française occupe le monde entier, et nous sommes obligés de rendre compte de ses faits et gestes, même quand ils ont peu d'importance. Cc mot de Jforiage blcmc évoque l'idée de ces communions blanches, que fait pratiquer l'église aux jeunes néophytes, ayant de les .admettre au banquet sacré; ou bien encore l'idée de ces bals gracieux, composés uniquement de jeunes Hiles et de jeunes gens, que le monde a baptisés bals blancs en l'honncur,jc le suppose, des danseuses; car pour les danseurs, ils ont depuis longtemps éparpillé aux quatre vents de l'esprit, et surtout du corps, la fl'eur mysti<iue .appréciée tardi\'emcnt par saint Augustin. Le Jforio9e blanc du 1·cste, ou mariage platonique, n'est pas un mythe, puisqu'il fut chanté par Platon qui, du moins, parlait d'amour; tandis que M. Lemaitre rêve la vierge femme et poitrinaire, sans évoquer même l'ombre de !'Esprit saint. Un homme d'àgc mûr, M. de Thiévres, rencontre une jeune Hile de seize ans, Simonne, poitrinaire au dernier degré; elle se Yoit mourir, et comme la vierge antique, regrette de n'avoir connu ni l'amour, ni la maternité. M. de Thiévrcs, qui a. épuisé la coupe des jouissances charnelles, conçoit la pensée de faire un stage platoni11uc, bien que marital, auprès de la douce malade. Il lui donnera le fantôme du mariage, l'illusion du mari, le rê\'C de la maternité; elle éveillera peut-être en lui des impressions neu,·cs, ce qui est à considérer quand on est fort riche, très blasé et un peu fourbu. « Par exemple, dit l'excentrique et lugubre pe1·sonnage, je ne l'épouserais jamais, si je n'étais certain de sa mort. » Voilà qui condamne la pièce de M. Lemaître; nous sommes très positifs: nous voulons qu'un galant homme fasse une sottise en galant homme, sans calcul, sans arrière-pensée. ?\ous nous intéressons peu à ce que nous comprenons mal ; et dans ce drame, les personnages principaux sont dans les nuages. Nous ne voyons même pas la ficelle qui les met en jeu. On n'épouse pas la mort de parti pris ; on ne trompe pas une enfant sur la nature du lien que l'on contracte avec elle, comme le fait ~l. de Thiévres, vis-à-vis de Simonne; on ne laisse pas cette invraisemblable Agnès faire des layettes pour un être imaginaire. Aprè;; cela, M. Lemaître a peut-être beau- .coup réfléchi sui· les couveuses mécaniques, et sa pièce est simplement en avance sur la science. Quand les découvertes nouvelles seront au point, on pourra développer en liberté le microbe du mai·iage blanc, le suivre dans toutes ses conséquences ; nul doute que M. Lemaître, étant donné

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