La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

RE\"UE DES REVUES "73 toute sa politique consistait à favoriser l'influence allemande au détriment de l'influence française Après la révolution de 188!), qui amena au pouYoir les amis de la France, on put croire un instant que celle-ci allait en profiter pour asseoir définitivement sa prépondérance. Les membres du gouvernement provisoire de la Hépublique brésilienne s'étaient nourris de la moelle philosophique d'Auguste Comte. Tous professaient un culte pieux pour la Rérnlution, et la proclamation de la république au Brésil devait unir étroitement les deux pays, rapprochés à traYers les océans par une communauté d'idées et d'intérêts. Le parti panamc\ricain, entretenu par les États-Unis, s'agitait beaucoup, mais sans résultats positifs, quand la stupidité du gouvernement français vint seconder leurs eJîorts et nous foü-e perdre les avantages considérables que nous pouvions retirer de la situation nouvelle. Par solidarité monarchique, et aussi par souci éclairé des intérêts allemands, la chute de Dom Pedro aITecta beaucoup Guillaume II. Le départ de l'empereur laissait le champ libre aux advei-- saires de l'influence allemande. Abst1·action faite de tout sentiment de solidarité impériale, dont ?II. de Bismarck a fait si sournnt bo11 marché, la révolution brésilienne ne pournit donc être favorablement accueillie de l'autre côté du Rhin. La chancellerie allemande -et à son instigation ~I. CL'i5pi,- prirent texte des mesures de naturalisation Ol'données par le nouYeau gouYernement à l'égard des étrangers, pour aITecte1·une attitude hostile, même menaçante. Les États-Unis saisirent la balle au bond, s'empressèrent de reconnaitre le nouveau gouvernement, auquel ils ouvrirent un crédit financier illimité; et sur !o. nouvelle <ru'une démonstration navale des flottes italo-allemandes allait se produire dans les eaux de Rio-de-Janeiro, le gouYernement de \Vashington, rééditant la fameuse formule de Monroë, s'apprêta ostensiblement à défendre l'indépendance brésilienne. Les républicains du Brésil - c'est-à-dire toute la partie éclairée du pays, la classe dirigeante au sens élevé du mot, furent tranquillisés par l'assurance hautaine avec laquelle les États-Unis se déclaraient prêts à défendre l'autonomie aroéricaine contre toute ingérence européenne - mais en Europe même, ils comptaient sur l'amitié d'un pays dont la conduite en cette circonstance fut absolument pitoyable. Avant la proclamation de la République, le parti républicain avait envoyé en France quelques-uns de ses membres les plus distingués, un entre autres, dont nous taisons le nom, lequel était chargé d'éclairer le gouvernement français sur la nature et le but de la révolution, l'intérêt de la France à la reconnaître et à pro-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==