LA REVUE SOCIALISTE lions sur Gundcrmann, et voilà Saccard triomphant. Ah! le milliard de Gundermann est désormais bien entamé. A la fortune de l'Empire, alors à son apogée, Saccard semble associé. li est l'oracle écouté, adulé. La baronne Saündorff, une enragée joueuse, s'est donnée à lui pour obtenir des conseils sur la Bourse. Elle a quitté Dclcambre, le procureur général, un ladre protecteur qui ne pardonnera pas cela au financier. - Saccard prodigue l'argent, les millions qui entrent dans les caisses s'en vont en dépenses extravagantes, par mille trous. Il affiche son bonheur, ce Saccard trop heureux, en se payant une nuit avec Mme de Jeumont, une femme distinguée par l'empereur; cela lui coùte deux cent mille francs. Et bien, réellement les affaires lancées marchent, les plans d'Ifamelin se trouvent réalisés avec succès: c'est la civilisation, la fortune, qui pénètrent en un pays jusqu'alors quasi-sauvage et misérable. Une ville s'élève, la vie rcpénètre sur cette terre trop longtemps dédaignée. Le cours de l'Universelle atteint des chiffres fabuleux. Un concert de bénédictions monte vers Saccard. On dépasse 3,000 à la Bourse. i'IIais cette folie va finir. Les prudents commencent à réaliser leurs actions. De ce nombre, Huret. Caroline Hamelin aussi, pour protester contre ce casse-cou, car elle n'en peut douter - toute cette prospérité n'est que mensongère. On distribue des dividendes fictifs, tout Je capital n'est pas versé; et pour résister aux manoouvrcs de Gundermann, que le succès de !'Universelle horripile et qui joue à la baisse contre elle, Saccarel fait racheter des titt·es. La lutte continue sournoise, lente, mais incessante. Gundermann et ceux qui suivent sa tactique s'exaspèrent. Ils ont juré la mort de la banque rirnle. Peu à peu les ressources de l'Unfrersellc s'épuisent, elle a recours à des circulations fictives. C'est la fin prochaine. Gundermann en est averti; ltii, toujours appuyé sur ses millions, accable le marché de ventes d'Universelle. Faute de réserves, après une campagne enragée, une dernière bataille, où Saccard déploie toute sa valeur, tout son génie de spéculateur, se change en rléroute. C'est son ·waterloo. La débâcle suit. C'est la ruine pout· ceux qui sont demeurés fidèles à Saccard, pour ceux mêmes qui, comme l'agent de change .Mazaud, sans aYoir joué, confiants en l'étoile du financier, n'ont pas pris leurs sùretés contre les suites de la défaite. - Et c'est le suicide pour les uns, l'infamie pour d'autres, la mi• sèrc pour la masse. - Delcambre fait arrêter Saccard, et même Hamelin, le président. Quant aux administrateurs, les Daigremont, les Bohain, les llurct, plus avisés, ils ont su disparaître à temps, sans rien perdre. Nous n'avons pu ici qu'indiquer la trame du roman, négligeant les
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