La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE SOCIALISME ET L'ART épisodes et même des physionomies, pourtant bien curieuses, comme celles du trafiquant de créances, frère du socialiste Sigismond Busch, de la ~Iéchain, de t.Iassias, de Flory, de Pillcrault, de Moser; mais il nous faut surtout insister sur la philosophie du livre et sur sa conclusion. La conclusion de Zola est celle-ci. Après la débâcle, Caroline Hamelin, pour sauver son frère, innocent du trafic <le Saccard, visite les uns et les autres. Elle constate chez quelques-uns la haine; mais chez les plus humbles, c'est de L'amour qu'elle trouve pour Saccarel. Les petits spéculateurs ont gardé leur foi; tenaces, ils ne maudissent point le directeur de !'Universelle, qui n'a été qu'un général malheureux et trahi. Cela fait songer Caroline Ilamclin. « ].;t ~Im°Caroline était gaie malgr} tout, a,·ec son visage toujours jeune sous sa couronne de cheveux blancs, comme si elle se fût rajeunie à cha<1ucavril dans la vieillesse de la terre. Et, au souvenir de honte que lui causait sa liaison avec Saccanl, elle songeait à l'e!Troyable ordure dont on u également sali l'amour. Pour<1uoidonc faire porter à l'argent la peine des saletés et des crimes dont il est la cause? L'amour est il moins souillé, lui qui crée la vie'> " La seule moralisation dont la spéculation puisse être la cause, c'est, selon Sigismond Busch, qui a rai,;;on, l'immense leçon de collectivisme qu'on en peut tirer. Toutes ces a5Sociations industrielles qui exproprient peu à peu l'elTort particulier préparent l\t\·ènement de la socialisation des se1·vices publics; tout cela amcnera le peuple à comprendre l'idéal collectiviste. Dans cette foi que gardent les humbles à Saecard le vaincu, nous trouvons l'indice de la possibilité prochaine de réaliser nos espoirs. « Oui, oui, vous travaille;, pour nous sans vou:; en douter, ... <lit Sigismond l3usch à Saccard. Vous êtes là quelques usurpateurs qui expropriez la masse du peuple; et quand vous scre1. gorgés, nous n'aurons qu'à vous exproprier à notre tour ... » Et il expose éloquemment la révolution économitrue préconisée par ~larx. Que transitoirement l'argent ait joué un rôle utile en l'évolution de la richesse publique, on peut l'admettre; mais par la suite et avant peu on sera débarrassé de sa tyrannie. L'humanité n'a pas besoin de ruines et <lesang, du fumier de la spéculation, pour prospérer et grandir. Avec le seul idéal d'utilité sociale et collccti ve, on obtiendrait des résultats plus féconds qu'a.Yec le coup de folie de l'agio, car on ne craindrait plus de voir les efTort5perdus, anéantis, par un brusque revirement de numéraire. L'œuvre engendrée par la spéculation résiste-t-elle aux fluctuations de la Bourse, comme c'est le cas dans le livre de Zola') Qu'est-ce que cela démontre, sinon que le progrès est inéluctable, que Ja vie continue toujours sa marche progressive, retardée parfois, mais jamais arrêtée? La vie

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