LE SOCIALISME ET L'ART l'activité européenne succède à l'engourdissement des Turcs, que des voies ferrées sillonnent cette terre, que des paquebots relient la Palestine à l'Europe, et l'on verra renaître à la vie tout un pays enchanteur, où la nature récompensera au centuple les efforts de l'homme. Saccard s'emballe, s'échaufTe : voilà le levier désiré; et avec sa belle imagination, le voici vite élargissant le rêve pratique de l'ingénieur. Incidemment, Hamelin, qui est un catholique fervent, a laissé entrevoir une secrète espérance. Là-bas, on pourrait fonàer peut-être un royaume pour le pape; menacé d'être exilé de Home, le pontife trouYerait peut-être un abri sur ce même sol où le Christ a prêché, est mort. Saccard n'hésite plus, il a trouvé l'idée qui fera marcher les actionnaires. Toute la catholicité va être avec lui. Il laissera entrevoir discrètement un mystérieux but de religion. Et il fonde sa Banque universelle aYec l'appui d'un marquis de Bohain, d'un Daigremont, d'un Huret, d'un Sedillc, d'un Sabatani, un tas d'aigrefins ramassés çà et là, qui trafiquent qui de leur nom, qui de leur réputation, soit par nécessité honteuse, soit par l'appât du gros gain possible. - Les actions ne sont pas souscrites entièrement : qu'importe! on en donne à des hommes de paille, des prête-noms comme Sabatani; on échappe à la loi, on ment efTrontémcnt : qu'est-ce que cela fait? un coup de grosse caisse, un tour de boniment, et les naïfs, les gogos, le bon peuple des actionnaires va affluer. - Ni Hamelin, nommé président, ni sa sœur Caroline, malgré leur foncière et rigide honnêteté, d'ailleurs inaptes à comprend1·e les jongleries de la spéculation, à suivre le jeu de la Bourse, séduits aussi, surtout Caroline, par cc diable d'homme d'une telle vivacité, d'un tel enthousiasme, ne pourront empêcher le mal de s'accomplir. Est-ce bien du mal, d'ailleurs? Caroline, une fois son frère parti (car Sacco.rd a envoyé Hamelin étudier en Orient la réalisation des projets), ne sait plus que penser, tant clic voit l'afTaire prendre bonne tournure, marcher ~ers le succès ; tant bientôt son frère, heureux de la besogne grandiose qu'il doit accomplir, lui écrit des lettre;; rassurantes, vivifiantes. Elle en vient même à aimer Saccard d'un bon amour de douce et maternelle amante, <JUeSaccard ne comprend peut-être pas comme il le devrait, lui qui n'aime la femme que physiologiquement. Et la Banque universelle va son train. On a fondé un journal, l'Espémnce, où Jeantrou bonimente; on lance des prospectus, on achète la complicité de feuilles financières. On double, on triple le capital: l'argent afflue; c'est un ruissellement d'or à l'hôtel, rne Saint-Lazare : - la noblesse déchue, comme les Beauvilliers, les pauvres diables, comme Dejoie, de modestes desservants, d'humbles ouvriers, des domestiques, des boutiquiers retirés voulant grossir leur• pécule, tous apportent leur obole. Un coup heureux sur Sa<lowa, où Saccard gagne huit mil-
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