La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

456 LA REYUE SOCIALISTE desquels se démènent les comparses et la foule inconnue, anonyme, la grosse masse figurative des actionnaires. A certains traits, on pourroit reconnaître en c~ récit RothschildetBontoux, les deux adversaires d'une lutte récente, dont le souvenir n'est pas oublié. Gundermann a plus d'une ressemblanceavecle financier originaire de Frankfürt am Mein; comme 1ui il est le patriarche d'une prolifique tribu; comme lui il se plaint, il gémit d'être accablé ùe besogne; comme lui encore il bibelotte, se pique de connaissances artistiques. Et Saccard, avec son rêve d'écraser la juiverie, de faire triompher la catholicité à coups de millions en se basant sur une série d'opérations sérieuses, intelligentes, le Saccarel de la Banque universelle, n'est-ce pas beaucoup le Bontoux de l'Union générale? L'époque seule est difTérente. C'est au temps où l'Empire atteint son apogée que Zola place son récit. Saccard surtout personnifiera, incarnera l'influence bienfaisante de l'argent. Zola n'en a pas fait d'ailleurs un pur héros. Le directeur de la Banque iinive1·selle est un corsaire comme Gundermann, et si sa canaillerie plus franche, non dépourvue de grandeur, le rend moin,; antipathique que le chef de la juiverie, c'est toujours, qu'on ne l'oublie, le Saccarel dont Maxime, son fils, raconte le passé louche avec un petit rire tournant au ricanement. Le Saccarel qui a vendu son nom pour épouser contre monnaie une fille séduite; le Saccarel qui, dans un besoin d'argent, pour obtenir une signature, a toléré chez lui les amours de sa femme et de son fils, place l'argent au-dessus des larmes, l'adore plus haut que les vains scrupules humains. Ruiné une première fois à la suite de spéculations désastreuses sur des terrains, Saccarel s'est retrouvé sur le pavé de Paris presque aussi pauvre qu'à sa venue de Plassans. C'est à peine si on le salue chez Champeaux, en ce restaurant proche la Bourse où autrefois il a trôné. Seuls, des tarés comme le Levantin Sabatani, de pauvres hères comme Jeantrou, l'ex-professeur, échoués en cette tourbe de la spéculation, daignent ne pas l'oublier. En ce temple de l'agio d'où la mauvaise chance l'a chassé, il espère bien revenir, cependant, plus puissant; et dès l'aborù, en audacieux aventurier qui ne s'efTraye de rien, il l'investit, cette citadelle, où vainqueur à nouveau il replantera bientôt son drapeau de conquérant. Il a tant de confiance qu'il menace déjà Gundermann. Ce qu'il va tenter, il ne le sait encore; un ingénieur dont il est le voisin et dont il devient l'ami, Hamelin, un esprit d'une rigide honnêteté et une valeur intellectuelle, va lui fournir le moyen. Hamelin a voyagé en Orient jadis, il a remarqué les richesses inouïes de ce sol trop tôt dédaigné par la civilisation, et dont on pourrait tirer d'extraordinaires profits par une intelligente exploitation. Que

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==