La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE monopole, qui est, en outre, nécessitée par les besoins nouveaux du crédit, notamment en ce qui concerne l'agriculture et le travail associés (1). A tous ces points de vue envisagée, la nouvelle institution aurait des attributions singulièrement étendues. Dans une semblabie hypothèse, on pourrait concevoir la Banque nationale (Banque de France, Crédit foncier, Crédit mobilier, Comptoir d'escompte, Crédit industriel et commercial, Société de dépôts et comptes courants et Trésorerie réunis et transformés) (2J, administrée directement par le Ministre des finances et du crédit, assisté d'un conseil électif. Elle aurait à pourvoir tout d'abord au recou- (l\ Quant à la reprise elle-même, rien de plus simple, n'en déplaise à M. LeroyBeaulieu, qui a été chargé de menace,· les naïfs des foudres de la haute banque, pour le cas où la nation oserait reprendre son bien. La Banque de France ne fonctionne qu'avec les sommes que lui versent les trésoriers généraux pour le compte du Trésor; or, ces sommes représentent plus de deux milliards, qui sont compos~s, en majeure partie, d'espèces sonnantes. JI suffirait donc au gournrnement d'ordonner à ses trésoriers-payeurs généraux de ne plus verser à la Banque de France, pour que celle-ci, pour continuer ses opérations, soit obligée de remettre en circulation tout le métal qu'elle a emmagasiné. On peut remarquer, en effet, que, de 1872 à 1890, l'encaisse de la Banque de France a passé de moins de 800 millions à près de 2 milliards ci demi, de sorte qu'elle a emmagasiné à peu près huit mois des perceptions faites ordinairement par les !J•ésoriers-paycurs générnux. Plus elle ira, plus elle accroitra cet emmagasinement, et le projet Rouvier renforce encore les moyens d'action de la Banque à cet égard, ce qui accroit la puissance déjà si formidable des régents. Raison de plus pour procéder à la reprise, qui est au-dessus des discussions de procédure, puisqu'il dépend de la nation d'être maitresse de son Trésor public et de révoquer le privilège d'émission du billet de banque. (2) Le C,·édit Joncie,·, fondé pour améliorer les conditions du prèt hypothécaire; le Comptoir d'escompte, récemment sombré, et qui était spécialement destiné à l'escompte des effets de commerre; le Crédit mobiliu, fondé pour agir par acquisition ou sousc.ription sur les titres d'entreprises industrielles ou de crédit; le Crédit. industriel et commercial, qui agit à la fois dans le sens du Comptoir d'escompte et dans le sens du Crédit mobilier; la Société des dép6ts et comptes cow·ants, qui était destinée à favoriser en France la pratique des payements par compensation (clearing house), et dont 1\1. Ernest Grillaz, dans son livre le Chèque Barré, s'est fait l'enthousiaste propagateur, tous ces établissements t\e sont, en quelque sorte, que des annexes de la Banque d'État, c'est pourquoi ils denaient être également socialisés. Les krachs successifs qui ont atteint le Comptoir d'escompte et les Sociétés tics dépôts et comptes cow·a,iis démontrent bien, au surplus, entre tant d'autres faits, le danger qu'il y a à livrer à des spéculateurs des établissements de cette importance. L'État, pour éviter des désastres, doit chaque fois intervenir et sauver les situations compromises par dïndignes spéculateurs; il se,·ait plus logique et plus simple qu'il administrât lui-même, au profit de tous, ces établissements sociaux au premier chef, et qui, entre les mains des financiers, ne sont que des maisons de jeu et des banques d'exploitation individuelle.

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