La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA 11EVUE SOCIALISTE Et un tel p1·imus inter pares était donné aux financiers au mon ent précis oü le monopole allait se développer parallèlement à l'agiotage. Les grandes compagnies naissaient; on leur livra (pour ne parler que de la France) les mines d'extraction nouvelles, les dix canaux en construction, le naissant établissement de Decaze,·ille, celui du Creusot, jusque-là propriété nationale, enfin toutes les créations nouvelles, telles que l'éclafrage au ga:-., les omnibus, etc. Dans toutes ces entreprises l'agiotage, puisait des forces nouvelles, pendant que l'extension de la grande industrie rendait plus général et plus dur l'asservissement de lu classe ouvrière, dont la misère - autre fruit empoisonné de la spéculation - était intensifiée et rendue [plus inévitable par les crises de sw·production, ou plutôt de sous-consommation, devenues périodiques et de plus en plus fréquentes. Nul besoin d'ajouter que la directe entrée en scène de la bourgeoisie comme classe gouvernante, après la Révolution libérale de Juillet, ne pouvait qu'accentuer ce double mouvement d'inexorable exploitation industrielle et d'effrénée spéculation financière. Louis-Philippe apporta pour don de joyeux avènement aux trafiquants de titres la facilité de l'anonymat. On en profita vite. « Trois ou quatre ans ne s'étaient pas écoulés depuis la Révolution de Juillet qu'un mournment semblable à celui qui déshonora la Régence de Philippe, éclatait au sein de la société française. Elle se vit tout à coup dominée par une classe que tourmentait une honteuse fièvre d'industrialisme et pour qui tout était <levenu un objet de trafic. c On se pressait, on se heurtait dans les avenues des Banques. Prendre des actions sans les payer, les vendre, toucher des primes, faire fortune avec la hausse, telle était la folie universelle, tel était 'le rêve de plusieurs milliers d'hommes éveillés. « Aussi, dans l'arène industrielle, une émulation sordide entassaitelle chaque jour débris et victimes ... La convoitise, l'impatience du succès, une soif de gain inextinguible et cruelle, l'alliance de la richesse et de l'intrigue dans un but de spoliation. Rien de semblable ne s'était vu dans notre pays. Ce ne furent bientôt plus partout qu'entrepriscs fondées sm· le mensonge. Les faiseurs d'affaires pullulaient; combiner des infamies lucratives, cela s'appelait avoir des idées. Un mit en actions des mines imaginaires, on proposa ~·exploiter des inventions qui n'en étaient pas. « Nombre d'aventuriers sans pudeur se firent payer la crédulité des actionnaires des apports chimériques ou honteusement exagérés. La. France fut inondée d'impostures. Alors, les tribunaux

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