La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

L.\ IIE\'UE SOCIAU:c;TE Lo catastrophe de .l 719 ne p1·oflla guère, et l'agiotage était rode venu un lléau public la veille de la Révolution. C'est même à cette occasion que se révéla le tribun dont la voix ouissantc allait dominer les premiers coups cle tonnerre de l'ou- ;,a"an révolutionnaire. !)récisément, en 1788, :Mirabeau se leva contre les agioteurs par son éloquente Dénonciation au roi sur l'agiotage. Il y était dit : « C'est l'ennemi le plus redoutable de votre royauté, c'est l'agiotage, que je dénonce à Votre Majesté; il dévore vos revenus, il aggrave les charges de l'l..:tat, il corrompt vos sujets, il énerve votre puissance; s'il c.,cerçait plus longtemps ses ravages, il rendrait impossible jusqu'à vo5l bienfaits. Nous ne sau!'Ïons vous déguiser, Sire, qu'il a des protecteurs au pied de votre trône. Peutêtre, hélas! vous persuaderont-ils que l'agiotage a été jusqu'ici un palliatif nécessaire, et que mes principes ou les faits que j'allègue sont autant d'erreurs. « Sire, il s'agit de l'honneur et du salut de la France ... « ... Oui, j'en jure la vérité, l'agiotag~ qui s'exerce à Paris sur des effets dont le produit éventuel égare l'imagination ne peut engendrer que la plus abominable des industries. « Eh ! quelle compensation oITrc-t-il, quand son résultat unique, son dernier produit, est un jeu effréné, oü des millions n'ont d'autres mouvements que de passer d'un portefeuille dans un autre, sans rien créer, si ce n'est qu'un groupe de chimères que la folie du jour promène avec pompe et que celle du lendemain fera évanouir. « ... Détruire l'agiotage, c'est sauver l'État, c'~st pourvoir à sa sûreté, c'est rétablir le bon ordre, c'est rendre au gouvernement sa dignité, à l'autorité son empire, aux lois leurs forces : c'est préparer la voie à l'esprit public, assurer la paix à l'extérieur, la ramener à l'intérieur des familles, restituer leurs talents à leur véritable usage, la considération aux choses utiles et décentes ... {1). » On verra plus loin comment la Révolution tenta de supprimer l'agiotage; l'Empire, qui l'avait d'abord favorisé par la fondation de la .Banque de France et par l'aliénation des mines entre les mains des grandes compagnies, voulut vainement réagir, et sa chute fut projets de réforme financière, qu'un prétexte à agiotage effréné, à ga.ini; illicites et coupables, dont l'aboutissant fut un écroulemeni bal>vlonicn de qua.1re-vingt milliards. • (1) Les Œucres de Mirabeau, par A. VERMORt:I..

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