La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA DEMORALISATION FINANCIÈRE 427 des conditions du travail et générateurs de vols, de démoralisation, de servitude, de ruines et de misère. L'exemple est venu d'Amérique, et nous en empruntons le récit au Journal des hauts bow·geoi.~: « Il y a dix-sept ans, la Standanl Oil, ayant un capital de 300,000 dollars seulement, était une des vingt compagnies qui venaient de se jeter sur l'exploitation des puits de pétrole nouvellement découverts, et qui se faisaient toutes une concurrence acharnée. La Standal'cl Oil entra secrètement en arrangement avec uois lignes de chemins de fer <ruilui firent des concessions sur les frais de transport. Cela lui donna un tel arnntagc sur ses rivales, qu'elle réu_ssit bientôt à les ruiner ou à les acheter. Elle avait <li'slors le monopole; et maintenant son capital se chifTrc par plus de !OU millions de dollars. Elle se fit accorder de nouveaux privilèges par les législatures d'f~tat, établit sur de~ centaines de kilomètres des tuyaux conduisant le pétrole, des puits aux ports <l'embarquement, devint ainsi presque indépendante des chemins de fer, auxquels elle fit la loi pour les transports qu'il y a encore à cfîectucr, et qui se repentent d'avoir contribué, au début, à établir un monopole, une compagnie dont ils sont devenus les esclaves. v Le succès phénoménal de la f:,lanclai·1/ Oil Compcmv a encouragé tous les brasseurs <l'afîaires à imiter ses manœuvrcs. L'argent a plu dans les divcr.~cs lagislatures d'f~tat et dans les conseils municipaux, afin t\c se faire octroyer des privilèges par ces mandataires du peuple, qui, le fait est notoire, dépensent plus en frais d'élection que leur salaire ne leur rapporte en un an ou deux. Il leur faut bien se rattraper quelr1uc part; et c'est ce qui explique ces \·otcs scandaleux, ces concessions de privilèges, <1ui ont amené des procès retentissants, comme ceux des aldcrrncn de Ncw-York, de Chicago et autres villes, comme celui des chemins de fer du Pacifique (1). >> Pour plus de précision sur les agissements des syndicats d'accaparement, aussi appelés trusts ou rin98, citons encore trois faits. Après avoit· obtenu sur les sucres raffinés un droit de 89 0/0 (2), les raffineurs des États-Unis formèrent un syndicat d'accaparement, analogue au fameux Stcmc!ard Oil. Ces honnêtes industriels, au nombre de onze, firent immédiatement baisser le prix du sucre brut, et ils se firent payer 5G0/0 de la valeur du sucre brut comme prime <leraffinage; l'année d'avant, en t88G, cette prime n'était que de 32 0/0. Cette double opération valut de suite aux coalisés des bénéfices (!) Journal des Débats, en 1886. (2)Les accapareurs nationaux, le cas est notable, commencent toujours par une campagne protectionniste,

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