La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA IIEYUE i:iOCIALISTE et les objets les plus précieux étaient exposés pendant des semaines entières sur le rivage, à l'intempérie et au vol. D'él(•gants vases de cristal poli furent offerts i1des gens dont la vaisselle la plus précieuse consistait rn une noix de coco; des outils y furent envoyés, comme si le~ habitants n'avaient qu'i1 casser la première pierre venue pour en tirrr de l'or et des diamants; il y eut mûme des spéculateurs qui allèrent jus<1u':'lenvoyer des patins à Rio-Janeiro. » Toute l'histoire de l'industrie européenne clans cc siècle, commente Las~alle. n'e;,t qu'une répétition continuelle de spéculations extravagantes, de surexcitation fébrile de crédit, provenant de l'ignorance des faits de surabondance effrénée, de production basée sur cc cl'l°•dit et des crises qui en résultent; de baisses de prix de marchandi<;es beaucoup au-dessons des frais de leur production, de diminution de travail et de chômages plus ou moins longs, plu-; ou moins continus. « Ainsi le dos des travailleurs est le neutre tapis vert sur lec1uel les entrepreneurs et les spéculateurs jouent à ce jeu de hasarJ qui est dcYenu cc qu'on appelle aujourd'hui la production. Le clos des t1·availlcurs est le tapis Ycrt sur lequel ces messieurs encaissent les monceaux d'or que leur envoie le coup dr roulette favorable, et sur lequel ils se consolent du coup défavorable, par l'espérance de meilleures chances .i. venir. « C'est le fraYaillcur qui paye, par la réduction de son salaire, par le sacrifice d'êpargnes péniblement amassées, par le manque de travail et, par conséquent, par la perte de ses moyens d'existence; c'c:;t lui qui paye les insuccès inévitables de cc jeu des seigneurs du traYail et des spéculateurs, bien qu'il ne soit pour rien dans leurs fausses spéculations, dans leurs faux calculs, ni dans leur avidité, et bien qu'il n'ait aucune part aux heureux résultats{!). ~ Avons-nous maintenant le droit de dire que même dans ses manifestations les moins blàmal>les, que même lorsqu'il ne s'agit en somme que <l'empirisme industriel ou commc1·cial, la spéculation, fautrice de subversion économique, produit de démoralisantes os,·illations de fortune, aggrave les misères ouvrières et prépare un nouveau servage d'ordre économique, et par cela même d'autant plus inexorable, d'autant plus complet. En effet, pour rançonnc1· à coup sûr, les spéculateurs industriels se coalisetlt en syndicats d'accaparement, et nous avons ainsi la concentration systématique des monopoles. La gravité de cc nouveau phénomène économique s'accuse d'elle-même. Qu'ils réussissent ou qu'ils sombrent, les syndicats n'en sont pas moins perturbateurs (1) F. LASS.\l,Lt:, Capital et Trarail.

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