La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

L.\ ni,:YUE SOCIALISTE s'élenrnt ;\ '18 0/0 du capital nominal, ce qui doit signifier 60 0/0 du capital réel. Ils auraient pu être satisfaits; mais l'appétit vient en mangeant, disait le bon Amyot à Charles l X; ils ont donc voulu davantage, et dans cc but ils ont, pour éleYcr les prix, fo,itfermer quatre usines sm· onze, mis des milliers d'ouvriers sur le pavé et réduit les salaires de ceux qui travaillent. Ces industriels de grand chemin sont très honorés depuis l'opération qui les rendra milliardaires; car telles sont les beautés de la morale capitaliste et financière. Au moment oü j'écris ces lignes, ce sont en Allemagne les actions noires des mines et des métallurgies qui sont à la iête du mouvement d'accaparement. :\Iécontents du rachat des chemins de fer par l'État, ils ont décidé de ne plus liner à l'adrniuistration Je charbon et. le fer qu'à des pri.c exfrcn•aganls, disent des dépêches officielles. L'empereur allemand aussi autoritai.re qu'il soit n'a rien pu contre cette coalition ; il a dû se borner à supplier la maison Krupp de quitter les coalisés, et il ne semble pas qu'il ait obtenu autre chose, lui l'empereur et roi, que de l'eau bénite de cour. Que Guillaume II ait ou non gagné les deux Krupp en leur promettant de fortes commandes, il n'en est pas moins vrai que quelques m·onopoleurs font la loi à la plus puissante monarchie de l'Oœidcnt, et rançonnent effrontément l'lttat lui-même, qui, ne Youlant pas employer les moyens rncialistes tout indiqués dans la circonstanc(', doit se soumettre et payer en maugréant ce qu'il plait aux ma(/iosi de l'industrialisme moderne de fixer. Le troisième exemple est emprunté à la France. Lorsque la législature de .1883-1889 eut accOl'dé aux raffineurs ce droit ruineux qui leur livre le marché français, les âpres protégés du triste J\lélinc ne perdirent pas de temps, et eux aussi se coalisèrent, Les galants y Yoyn.nl double profH à faire: Leur bien premièrcmeut et puis le mal ù'n.utrui. Comme lem·s congénères américains, ils firent haussc1· les prix et, dans cc but, ils dissimulèrent des stocks et firent une rareté factice. Les faits furent portés à la tribune à la séance du 2i mai ·1889: « Vous avez, s'écria en terminant M. Laur, vous avez laissé léser les intérêts de 38 millions de Frànçais en permettant qu'on réalise sur eux un bénéfice que j'évalue ù 60 millions de francs, pas tout à fait 2 francs par tête, ou environ 2 0/0 de l'impôt total perçu en moyenne sur chaque citoyen. Rien que pour avoir le droit de consommer du sucre (en ajoutant le droit de 60 francs), le Français paye 10 francs par tête, et encore on le lui augmente ensuite de 30 0/0 pour faire plaisir à une demi-douzaine de milliardaires! »

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