La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE 1" MAI AU CO:'\SEIL MUNICIPAL DE PARIS 401 nomique des trarnilleurs, qui n'a pas encore été appelée à formuler le programme des clauses et conYentions particulières qu'elle désire voir stipuler dans le nouveau ré~imc de travail élaboré par nos législatcu r;;·)Dénier ce droit à Paris serait proclamer que tous les intérêts ont libre accès au Palais-Bourbon, hormis un seul, déclaré hors la loi commune, l'intérêt des travailleurs .... Ces considérations furent écoutées, non seulement en silence, mais même avec une approbation visible. Mon excellent collègue et ami \' aillant, qui me succéda à la tribune, se plaçant à un point de Yue plus élevé, fit valoir l'importance et la grandeur du mouvement du [0 ' mai, adjurant le Conseil « de faire son devoir, de s'associet· aux eITorts de la classe ouvrière, dont le 1•' mai sera une étape nournllc, dans sa marche vers son émancipation totale. ,, Mais, comme je l'avais prévu, cc ne fut pas, à proprement parler, la légitimité des revendications ouvrières, que nos adversaires combattirent. Tout leur cITort porta sur l'imprudence que commctt1·ait le Conseil en donnant son adhésion au projet de manifestation dans la rue. En Yain protestions-nous contre cette signification étroite, inexacte même, donnée à un terme générique pour caractériser le mouvement d'idées qui doit s'affirmer le 1., mai. Eux ne sortaient point de là: où sont les preu,·es, nous disaient-ils, que les organisateurs ont :'intention de prornrrucr un simple chômage et que la manifestation ne se traduira pas par des attroupements•) Le feu avait été ouvert par M. l\luzet, et rien ne saurait donner une idée des choses extraol"Clinaires qui furent dites par lui à ce sujet. Il est vrai que ses cocasseries donnèrent le signal du brouhaha, qui alla grandissant jusqu'à la fin. Longuet lui-même ne put se faire entendre qu'à force d'esprit, de verve et de bonne humeur. Cependant, du bruit continu déchaîné dans la salle, une idée se dégageait: la manifestation p1;oprement dite, entendue au sens de défilé dans la rue répugnait au Conseil et chaque orateur enfonçant Je même clou, venait en signaler les inconvénients. Par exemple, 1\1. Deligny disait: « Si vous lancez les ouvriers dans la rue, ils auront pour eux la raison; ils n'auront pas la force... Les vrais conseillers du peuple ne doivent pas mettre l'ouvrier français en présence de la force armée ... Pousser le peuple sur la voie publique, c'est le pousser au massacre. " Le rapporteur tenta <leramener le débat sur le terrain de la légitimité des revendications sociales, et affirma avec véhémence qu'il n'y aurait pas de rassemblements. Avec infiniment d'habileté, le Préfet, jugeant que l'heure de son intervention avait sonné, répondit au rapporteur et son argumentation fut le développement sommaire très bien fait de cette proposition: « Le vote des conclusions du rapport est compromettant pour le 2G

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