LE i" MAI AU CONSEIL ~IUNICIPAL DE PARIS 3!l9 Les ouvriers réclament : Une législation protégeant l'enfant et, par lui, la santé de la classe ouvrière, son avenir physiologique menacé par l'exploitation précoce à laquelle l'astreint son entrée dans l'atelier, à un âge où sa place est encore sur les bancs de l'école, non à l'usine; - pro!,égeant également la femme, dont le travail, ainsi que celui de l'enfant, acheté à un prix inférieur au taux du salaire masculin, déprécie de plus en plus le tarif de la main-d'œuvre, au grand détriment, aussi, de la santé de la race, et trop souvent de la dignité et de la moralité générales. Enfin, surtout, une législation protégeant l'ouvrier adulte luimême, intervenant dans le contrat économique, dont le prolétaire ne peut débattre librement les conditions, dans l'état cl'infériot·ité que crée la surabondance croissante de l'offre des bras, qui tend à dépasser normalement la demande de main-d'œuvre. Or, Messieurs, ces diverses revendications, dans la mesure légale où vous pouviez le faire, vous les avez déclarées toutes légitimes. Au Conseil général, la majorité de cette assemblée s'est efforcée d'obtenir l'application rigoureuse de la loi de 187'1et même, tout comme le proclamaient les délégués français au congrès international de 1 'ü, vous avez affirmé, à diverses reprises, que les prescriptions de cette loi étaient insuffisantes pour assurer une protection efficace du travail de la femme et de l'enfant. En ce qui concerne le travail des ouvriers adultes, dont la protection légale soulève le plus de critiques, vous vous êtes prononcés en faveur de la réglementation avec une énergie et une suite constantes, qui ont fixé Sm' les délibérations du Conseil l'attention de l'Europe ouvrière. Vous avez décidé une journée normale de travail réduite sur vos chantiers; vous avez déterminé le quantum de salaire que dans chaque profession les travailleurs devraient recevoir et interdit à vos entrepreneurs de les payer à un taux inférieur au tarif par vous élaboré, - tout cela dès 1886, alors que la question de la réglementation du travail n'avait pas fait le chemin qu'elle a fait depuis, dans nos asssem,blées législatives. De sorte qu'on peut dire, à juste raison, et le Conseil municipal peut s'en enorgueillir, que vous avez été, avec le gouvernement fédéral suisse, les initiateurs de la protection ouvriè1·e en Europe. En vain, l'Administration et le Gouvernement, réfractaires à l'exécution de vos délibérations, se sont-ils efforcés de vous faire revenir sur vos décisions premières. Leur hostilité, latente ou manifeste, n'est jamais parveynue à obtenfr de vous une renonciation de principes, et les adversaires de la réglementation ont toujours trouvé devant eux une maiorilé compa0te, pour confirmer les votes antérieurs de 1888.
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