La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE l" MAI AU CONSEIL ~fU:\"ICIPAL DE PARIS 387 autorité morale, auprès des pouvoirs législatifs, les revendications qui font l'objet du mouvement international du 1., mai. Votre Commission du travail, en effet, a pensé que le Conseil devait à la manifestation ouvrière son appui et sa sanction, et voici brièvement exposées, les raisons qui l'ont déterminée à vous présenter des conclusions conformes aux propositions de M. Vaillant. I Tout d'abord, l\'lessieurs, il importe de ne point se méprendre sur la signification et la portée de ce mot: « Manifestation ,, employé pour indiquer que les ouvriers de Paris sont conviés à exprimer, ce jour-là, leurs desiderata économiques. Une équivoque fâcheuse, créée par des intéressés, règne là-dessus: il convient de la dissiper, en rétablissant le véritable caractère du mouvement de revendications ouvrières qui aura lieu lei•' mai. Dans nombre de pays, où les institutions politiques n'ont pas encore atteint le degré de liberté inséparable de la forme républicaine, on n'est plus à s'effrayer des démonstrations populaires. Là, l'usage a réglé, depuis longtemps, la pratique d'une liberté qui n'est pas toujours inscrite dans la loi, ni absolument conforme aux institutions politiques existantes. Au contraire, en France, oü le droit de démonstration populaire est implicitement reconnu par la forme républicaine du gouvernement, ces démonstrations, interdites sous l'Empire et la Monarchie, sont encore suspectes à l'autorité républicaine, qui les prohibe; et nombre de nos collègues, parfaitement détachés d'ailleurs de tou.t sentiment monarchique, voient en elles la source, toujours possibl~, de désordres graves. C'est là, assurément, un état d'esprit que nous ne saurions trop déplorer, puisqu'il nous place dans une situation de liberté humiliante, quand nous la comparons avec celle des monarchies voisines, sous le régime desquelles l'exercice du droit de démonstration populaire est assuré par la pratique, s'il n'est pas expressément reconnu par la loi. Longtemps, Messieurs, l'opinion avancée a protesté contre ces interdictions. Grâce aux manœuvres inavouables dont vous pouvez tous avoir présent à l'esprit le souvenir, les partisans de l' « ordre dans la rue » ont fini par jeter le discrédit sur l'usage des manifestations, dans l'organisation desquelles le pouvoir central entretenait des agents expressément chargés de leur donner un caractère perturbateur et anarchique, de nature à les faire dégénérer

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