La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

382 LA REVUE SOCIALISTE Jcyrand a supprimé tous les pa~sagcs qu'il « daignait " hre à ses amis. Et ce ne sont pas les seules suppressions. . . lleurcuscme11t pour ]"histoire qu'un i::rancl nombre de feuilles 1_.. uuscr1tes, <le pièces impo1·ta11tcs. dfrol)écs à Talkyrancl par son secrétaire particulic1·, Pel'l'èY, ù. son tiCl'Yif"Cd~ lst)fj à 1~2G, ont µu ètrc retrouvées. Et cc sont justement ·cc::; piêccs qui sont les plus accu"ntriec;S. Tallcyrand en a vu publier quelques-unes de son ,irnnt, il a prétenùu qu·clles étaient apocryphes, l'ccu\'1'e d'un foU!--::,airc;Pc1:rcy aurait imité sa signature, son êcriturc. ~Jalhcureusemcut pour Tallcyrand, 011 a des preurns de leur authenticité. Dans ces 1iicces, on truuvc les lettres si compromettantes pour Talleyrand, relatives à l'arrestation du duc d'Eughicn et quelr1ues documents sur l'affaire '.\laubreuil. Ces picces, :\1. Jean Corsas les pul,lie, arnc ùi,·ers extraits des copies faites du virnut ùe Tallcyrnnd - il y a là d'intéressants détails sur les amours de Tallcnanù séminariste a,·cc la fille du pâtissier Picot, - et il nous don e en outre di~·crscs correspondances intimes arec l\Jm• de Staël, de Flahault, de Genlis et qucl,1ucs rapporls de police. c·csl dire l'io.lérêt particulier de ce livre, qui Oliu,; montre un Tallcyrand bien difT~rcot d!l r.elui qu'on Youùrait not1s faire ,oit·. I.e Talleyrand des l\lémoircs paraitra d'ailleurs d"autant plus faux qu'on counait déj:i le mé•p1·isqu'il a in-piré à ses eontcmpor,,in~. ?\apoléon a écrit ,iuc l"argent était la seule chose que Talleyrand n'eùt pas trahie. " Le Yisagc de 1\1. de Tallcyrand est tellement impassible, ajoutait-il encore, qu'on uc sa,·ait jamais y lire. Aussi Lannes disait-il plaisamment de lui c1uc si, en vous p:trlant, son derriilre venait à rcce,·oi,· un coup de pied, sa figure ne Yuus en <lirait rien. m La Yie de 'J'allcyrand a été un perpétt1el état de trahison. De lï80 :\ 178!!, il a été agent général du clergé. L'abbé de Périgord est déj,i ù celte épe1r1ucjugé ainsi par i\lirabcau: " l'our de l"urgent, il a Yenùu son honneur et son ami. Pour de l'argent, il vendrait son àrnc et il aurait raison ; car il tro,1uerait son fumier contre de l'or. » {Lettre au <:omtc d'Entraigucs 1787.) Alors l'al>IJé ne songe qu·ù devenir évêc1uc. JI iutl'iguc, il fait sa cour à 1\1.de Calonne. Il est nommé après plusieurs décepiions à Autun, en janYier 1787. C'est comme (nù1uc d'Autun que, le 11 juillet 1790, il officie à la fête de la Fédération, au graud scandale et., Bailly et de bien craut1·es. Cc prêtre, qui fréquclllc la Guimard, qu'on sait l'amant de la comtcs-c de Flahaull, est chargé d'offrir à Oicu les prières de la ,ation, et de consaner les serments du roi et des représentanis. \'oici un passage de J"éùilianlc lettre qu'il écriYit le lentlemain 15 à ,a maitre.se et qu'il signe Ch. '.\laur. Talteyrand. " J'e,pcrc que voire pénétration n'a pas laissé échapper a quelle divinité fa.dressais hier mes lll'ières et mon serment de liclélilé N que vous seule étiez l'ètrn suprême que j"adorais et que toujours j'adorerai. ,, C'est d'un cy11i::,mcassez réussi. Les curés de Saône-et-Loire apoqrophent virement d'ailleurs l'é,·êquc apostat, si Yéhémcntemcnt même que Tallcyranù craint qu'on ne l'assassine. Il abandonne son éYêehé, et comme l'.\ssemblée législati,·e succède à la Consti• tuante, il se trouYc liure d'intriguer à nou,·eau. Toul en gardant des relations a droite, il rcche1·chc des protections à gauche. En 179:!, on envoie !"ancien évè<tuc à Londres pour essayer d"obtcnir la neulralité anglaise. Il échoue dan• sou amhassat!c. JI y retourne deux fois encore. En U3, la Con,·ention le déc1·éte d'accusation, aprés la. découverte de l'armoire de fer, où sont trouvés des documents étahlissant la duplicité de Talleyrand. 11 est du reste mal accueilli par le gouvernement anglais. Tallcyrand ne se

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