La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

REVUE DES LIVRES S'il a aimé Solange, la jolie pastoure, il a aimé aussi, et il leur garde aussi un aimable sournnir, les charmantes griseLtes • Pimprelette et Chifîonnette •, travailleuses infatigables, amoureuses inlassables, dont les fredons égayaient les faubourgs, et qui aux heures de péril, côte à côte avec l'aimant, bravaient la mitraille. J"aime peu, dans la partie intitulée Chants récolution,wires, les manières d'odes et de cantates que Delorme a composées. L'inspiration en est froide, et je leur préfère de beaucoup ces strophes de franche allure, intitulées la Belle. Il l'aime bien, et par dessus toutes, le pocte, cette Uellc oubliée, cette Belle qui regagnera tous les cœurs, la République sociale. Bien vibrantes : Jacques Bonhomme, la Commune, le Loup Garou, la Sorcière, l'auteur réclame fièrement, au nom des malheureux suppliciés, écartelés ou brûlés comme suppôts du diable. li rnit dans ces victimes de l'ignorance et de la superstition, non sans raison, des précurseurs persécutés. Je ne puis tout citer dans les chansons de Delorme, mais certes il y aurait encore beaucoup à dire. Qu'on me permette de signaler cependant une originale chanson, intitulée Pie,·rot. Delorme interprète le type fameux de la. comédie italienne, comme une incarnation du prolétaire naïf', toujours trompé, par Arlequin son frère, matois et dépourvu de loyauté, et pa.r Polichinelle et Cassandre, les deux riches. Talleyrand, Mémoires, lettres inédites et papiers secrets, avec notes de Jean GoRSAS,1 vol. Savine, éditeur. On a mené grand tapage autour de la publication des :lfémoires de Talleyrand, faite par les soins de :Il. le duc de Broglie. Un livre de i\l. Jean Gorsas qui complétera fort heureusement de nombreuses lacunes, de Yolontaircs omissions déjà signalées dans rœuvre posthume du vieux renard diplomatique, car, une fois de plus, Talleyrand a mystifié le public. Comme il a menti à. ses différents maitres, il ment à la postérité. Talleyrand n·a pas cessé d"être !"homme qui a écrit : « La parole n'a été donnée à l'homme que pour dégui,;cr sa pensée. • Toute sa vie, il s'est monIré déloyal, fourbe, traitre à son Dieu, à son roi, à la République, à. l"Empire et celui qui, suivant le mot de Suc, n·est resté fidèle qu"à une seule royauté, celle du fromage de Brie, celui dont Fouché disait lorsque l'empereur le nomm tit vice grand é'ecteur. « Ça ne lui fait qu'un ,·ico de plus. Dans le nombre, il n'y paraitra point; celui que ;,;apoléon dO:,finissa.ibtrutalement•:« C'est u,1 bas de soie rempli de m..... • celui-là était incapable d'~tre franc pour la postérité. L'ounagc qui Yicnt de paraitre par les soins de i\l. de Broglie nous montre un Talleyrand trop beau pour <itrc \Tai. Nous le connaitrons mieux par les di,·ers documents jusqu'alors inédits que publie :Il. Jean Gorsas, alias Tabarant. Voyons d'abord, comment et pourquoi Tallcyrnnd étant mort en mai 18~8, ses i\lémoires ne sont publiés qu'en 189l. o·après le testament du pl'ince, le manuscrit qu'il laissait ne dc,·ait être publié que trente ans après sa mort, soit en 1868. En 1866, ::\'apoléon Ill, a\'isé de la publication prochaine, en demanda communication, et certains passages lui ayant dèplu obtint de retarder de vingt années encore l'impression des i\lémoires en accordant le titre de duc de i\lontmoreney au seP-ond fils du duc de Dino. La ré !action des :\1émoires avait occupé la vieillesse de Talleyrand. Il en lisait des passages - les plus anodins - à ses intimes, et il en a même laissé copier quelques anecdotes. Sainte-.\ulaire parle dans une lettre du,récit que Talleyrand fait de son ordination. Sainte Beuve assure que les quelques privilégiés qui ont entel}du quelques parties de ces fameux i\lémoires ont paru enchantés et ravis d'un récit de première communion et de ses premières amours de séminaire. Or, ces passages n'existent plus dans les Mémoires; donc Tal-

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