La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

REVUE DES LIVRES 383 montre vraiment pas supérieur à la mauvaise fortune, il in~ulte non seulement ses advcrsairns, mais son pays. Les défaites de, a1·mécs de la Convention le ravissent. Il espère que ~larscillc imitera Toulon. La disposition de~ e<pPits et la/amine doü:ent le Jai,·e espél'e1·. De la part d"un éniigré adver,airc résolu de la Révolution, la chose paraitrait moins monstrueuse. Ces souhaiLs ~ont vains; Toulon repris, la Conveuiiou écrase Lyon, la \"cutléo et fait face ,·ictorieusemont à ses ennemis du dehors comme à ceux du dcdan~. Pour comble de disgràco,Tallcyrand se voitexpulsétL\nglotcrrn parlctlécrctdo l'alien bill. li s'embarque pour L\mérique. li on fait part à ~l"" de Staël. Dan~ des lettres écrites a ;\JN• do Staël, au moment de col exil à Londres, nous voyons Talleyrand exhaler en termes amers ses rancunes et ,a colère. • C'est à trente-neuf ans que je recommence une Yie nouvelle, car c·est la ,·ie que je veux; j'aime trop mes a.mis pour a,·oir d'autres idées. Et puis fai à dire, et à dire bien ha.ut, ce que j'ai voulu, ce quo j'ai fait, cc •1uej'ai empêché, ce que j'ai regretté; fai à montrer comment fai aimé là liberté que j'aime eneore et combien je dl!te•te les Françrti.•. En Amérique, à Philadelphie, Tallcyrand fait du commerce, spécule sur les terres, gagne même quelque argent. On a des détails sur sa ,·ic d"alors, dans ses lettres à J\lm" de Genlis et de Staël. Grâce à cette dèrntèro, le décret do bannissement de la Conrnntion est rapporté, et l'ancièn é,·èquc rcrient par Hambourg, où il attend l'a.utorisa.tioo définiti\'e de rentrer en Franee. C"est à Hambourg qu'il fait la. connaissan<\c de ~!•• Grand, une belle lndicnue, qui doit dc,·cnir sa femme. )Jm• Grand était au%i niaise que jolie. C"c,t elle <1uidiLon, répondit à qucl11u'un qui lui arniL dcmand.:: de quelle partie du ntull(le elle était : « Je suis ·d'Inde. ,, (Thomas ~looro). Lo 18 juillet 1797,malgré la rési~taoco do Carnot, l'iofluonce de ~I •• do Staël poussait Tallcyrand au Directoire. li succédait à Charles Lacroix comme ministre des relations extérieures. Carnot estimait peu Talleyrnnd, - il a.\'ait pour lui une de ces haines "igourcuses dont parle Alceste. Sallé rapporte à cc propos une scène entre les directeurs qui montrera comment Carnot jugeait le noureau ministre. - Quoi, disait Carnot, choisir cc finaud qui nous Yendra tous en pleine foire les uns a.près les autres pour pou quïl en trouve du profit! - Eh! qui a-t-il , déjà vendu f demanda. Larévoillcre de maussade humeur. - Carnot: (,lui f Soo Dieu d"abord. - La.ré,·cillèrc: li u·y croyait poiut. - Carnot: Pourquoi le servait-il f So11 ordre ensuite. - Lar~veillèro : C"o,t par philo,ophic. - Carnot: Pat· ambition, crois-mui, Son roi enfin. - Larévcillèro: E,t-ce à nous de lui en faire uu crime f- Carnot: Écoute, La.réYoillèrc, comparo-mui au diable, j'en rirai, mais je me fâcherai si lu me mets en lil-(neavec cet homme-là. Chateaubriand, qui méprisait par-<lcs,u, tout Ta.lleyraud, n·a-t-il pas eu raison d"écrire : " Comme il avait reçu beaucoup de mépris, il s'en était imprégné et il l'avait placé dans les deux coins pendants de sa bouche. " En 180~, pour masquer les relations qui existaient cotre lui et le comte de Provcuce, Talleyrand pousse Uooapa.rtc, premier consul, au meurtre du duc d"Enghicn. Talleyrand s'est défendu d"arnir été lïospira.teur; mais en janvier 1809, en plein conseil, Napoléon lui criait avec colère : • Vous avez prétendu, l\lonsicur, que ,·ous avez été étranger à la mort du duc d'Eoghien f :\lais oubliez-vous donc que vous me l'avez con,eilléc par écrit?" (Thiers Co11.•ulat, tome X, p. 18.) Et à l'ile d'Elbe, Napoléon a.joutait: Ce fut Talleyrand qui m·excita. à le faiie arrêter, et si cc n'eùt été lui, sa vie aurait été épargnée. (Joul'llal de sir Campbell.) Cel écrit existe; c'est une lettre de Talleyrand au général Dona.parle, prc-

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