380 LA REVUE SOCIALISTE Pottier et à J .-B. Clément, dont les noms et dont les strophes nous sont chers. JI est de leur "én/>ration; comme eux, à un égal degré, il a l'amour du peuple, et comme eux: en des rnrs bien martelés, d'une belle sonorité, il sai P.Xprimer cet amour; comme eux aussi, il a. pris ja<lis les armes pour la défense de Paris et <le ses droits. Delorme peut répudier toute confraternité par contre avec les attitrés fournisseurs des beuglants. Ses rimes ne se sont pas assenies au culte nouveau du café-concert. 11n'a jamais chanté l'ivrognerie ou la crapuleuse orgie; il n'est pas de ceux qui encensent le Bacchus du lord-boyaux ou les Laïs du trottoir, augmentées de leurs Alphonses. Sa muse, à lui On l'entendit sur la Meuse et la Sambre Mêler sa YOxi au rappel des tambours; On la connut aussi dans le faubourg On s·cn souvient clans la petite chambre, On reconnait son modeste bonnet. On sait ses noms; c'est la fleur qui renait Quand Février s'échappe de Décembre. Aux plébéiens, celle muse-là conseille cl 'être fiers à la besogne, de ne point se laisser abattre par les rernrs, de s'instruire, de lutte.r toujours et sans trêve jusqu'au triomphe, pour la conquête de l'indépendance et de l'égalité. Elle chante les gloires de la race prolétarienne plus féconde en générosité, en dé,·ouemcnt, en bonté, en cœur et en intelligence que Ioules les castes nobles. Notre passé vaut mieux que le leur, dont ils sont si vains, cependant. Nos aïeux sont plus nobles que les leurs, car il est plus digne d'être de la lignée des manants aux mains calleuses que de la lignée des hobereaux bandits, ou de celle des traitants concussionnaires. Écoutez le chansonnier, en ces strophes d'un beau symbolisme, le Bûche1·on, comme il nous com'ic à la besogne : Cogne, cogne, âpre bûcheron Abats les gros et les grands chênes, Et, par toi, des forêts rrochaines De nouveaux chênes rent1ltront. Dans celte pièce comme dans le Chant de la charrae, il y a réellement un beau souffle d'épopée. Aussi bien, Delorme sait manier le fouet de la satire contre les gens qui virent des pau\"J'es, et sa raillerie a la bonne franchise, la saine rudesse du peuple. Yoyez ses chansons intitulées: Monsiew· le Jej et Madame Bagor;,. Les deux personnages sont vivement peints; ou ne saura.il mieux dire le dégoût que tout honnête homme a pour les gens qui vivent de la prostitution. Delorme a dans ses chants rustiques surtout l'envolée d'un grand poète. Une perle, c'est la Vendange, un tableau d'un naturisme exquis, qu'on pourrait mettre à côté de la Vigne de Pierre Dupont. Ah! il n'a pas oublié, non plus, le vieux pays natal, et il reste fidèlement attaché au coin de ierre où il est né, s'il aime Paris pour ses généreuses fougues et sa bruyante houle. Il se souvient des tendres et douces mélodies, jadis entendues dans les brandes i)evruyèrcs. Ecoulez ce gentil son de flûteau, celte ravissante bucolique • Pour Solange"· Sainte Solange sa patronne A mis dans sa gorge un pinson Dedans mon cœur une chanson, C'est pourquoi qu'elle est ma mignonne Et je suis né pour Son amour,
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