3ï8 LA REVUE SOCIALISTE La question du latin et la réforme profonde de l'Enseignement secondaire, par ;Il. Guf:1t1N.Librai de Léopold Cerf. Le discours de i\l. I.ockroy au concours p:éoéral de 1888, la ques1,... ~ du latin de :\!. Haoul Frary, ont inspiré ce liHc. L'auteur tente d'aborJ de prou- ,·cr que !"étude du grec et du latin est utile et nécessaire. Avec juste raison il pense, a\"Ce Rollin, que lï115lruction doit former le cœur - le caractère, dirions-nous - autant que l'esprit, et il pense encore quïl n'y a pas Je me1lleu1·es études que celles qui ont trait aux Gl·ecs et aux Romains pour cela. Nous ne eonti·edirons point son admiration légitime pour les républiques anciennes, leur ciYilisation, la Yertu de leurs concitoyens. Cependant :\1. Guérin ne songe pas à faire du latin le but de l'éducation, il oc Je consi,lère que comme un moyen d"éùueation; il vaut mieux comprendre les auteurs latins que tenter Yainement et inutilement de les égaler. Les thèmes sont du temp~ perdu, il n'en est pas de même des Yersions. Le latin étant !"origine de notre langue, dans l'enseignement secondaire on doit s'appliquer à faire connaitre cette étymologie. Son étude servirait à l'étude non seulement du français, mais des autres langues néo-latines italicu-espagnol. Et :\1. Guérin ajoute à ce propos, arec raison, que cc serait là un excellent moyen de rendre plus étroites les alliances latines. L"arenir et un avenir prospère est réservé aux Latins sïls sarnnt s'unir. En comprenant le Brésil et les Républiques américaines du Centre, les Latins représentent 120,000,GOOâmes. On traduirait le latin par écrit, on traduirait les autres langues néo-latines de vive roix, parce qu'il faut apprendre à les parler. JI ne faudrait pour cela qu'un rncabulaire latin-fran~ais-italien-espagnol. Et le grec on l'étudierait aussi dans un vocabulaire pour le comprendre, le traduire, parce que c·est encore une langue rh·ante. Le latin, le grec n'ont été jusquïci sténles que pa1·ce r1ue les méthodes d'enseignement étaient mauvaises. Est-ce à dire que les autres langues doi,·ent être dédaignées? Non, l'étudo de !"Anglais s'impose aussi pour nous, à cause de la communauté d'origine, par les Bretons et les :'i"ormands de Guillaume, et par la richesse de la littérature anglaise. Et l'étude de l'allcmanù sïmpose encore parce que nos voisins sont gens de haute valeur, et que nos relations deviendront de plus en plus fréquentes. Aura-t-on Je temps d'enseigner tous les éléments nécessaires - car l'auteur re<:onnait bien que pour parler une langue conrnnablement il faut habiter un pays. - Oui, dit i\1. Guérin, si l'on veut décharger les programmes, et enseigner les seules choses vraiment utiles. Pour l'enseignement du français, M. Guérin dit d"excellentes choses; ce ne sont pas tant les r~gles, dit-il, quïl faut apprendre; notre rôle n'e,t pas de former des écrivains et des artistes; c'est de les mettre en état de se former eux-mèmes. Laissez faire la. nature et fiez-vous à elle. La préoccupation des conventions académiques appaunit la langue. Donnez des idées à !"enfant, et s'il a de l'intelligence et du cœur, il saura s·exprimer éloquemment, clairement. Une grammaire ne devrait renfermer que des règles et les obsen·ations les plus nécess1ircs, disait Rollin. L'usage et les observations du m:iitre feraient le reste. Arnnt de former des artistes qu'on songe à former des écrivains ordonnés, clair~ et corrects; et pour cela, qu·on surveille l'écriture de tous les ·dernirs, même celle d'un ùcrnir ùe ma1hèmati4ues. 1'I. Guérin n·cst pas partisan de la réforme de l'orthographe, de la simplification qui voudrait qu'on écrive filosophie pour philosophie. Le jeu n'en vaudrait pas la chandelle.
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