La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

L.\ RE\'UE SOCIALISTE cherche de l'or, dans l'intérêtdc la colllmunauté. Le voyage fut infructueux. Ap1ès cc mécompte, arriva la fin malheureuse, en 1850, du véritable chef de la secte, le guide pieusement écouté, Eric Janson. Cet homme éminent fut tué d'un coup de pistolet dans une cour de justice, ét:rnt venu pour témoigner en faveur d'une femme entrée dans la société et réclamée par son mari. On ne sait pas ti-op si c'est celui-ci ou un de ses amis qui fut l'auteur d'un meurtre qui plongea dans la douleur toute la population de Bishop-Hill. Comme fiche de consolation, Olaf Janson revint, vei·s cette époque, de la Suède, avec quelques milliers de dollars, restitués aux émigrés par leurs débiteurs restés dans le pays. Cette somme permit d'acheter du bétail et d'établir une ch::trpenterie, une fabrique de voitures et même une manufacture de toiles. Les maisons en briques se multiplièrent et une école dans de bonnes conditions s'éleva en place d·unc école provisoire dont la colonie s'était accordé le luxe dès les premiers jours de son installation, quand elle n'avait encore pour abri que de mauvaises planches. Ce luxe a toujours, et avec raison, passé, dans les contrées scandinaves, pour une nécessité urgente. Aussi nulle part, en Europe, l'instruction primaire n'est-elle, on le sait, plus a,·ancée, si ce n'est peut-être en Suisse. L"n acte d'incorporation, obtenu de la législature de l'Illinois, légalisa la situation des Suédois en les autorisant à traiter leurs affaires comme une société représentée par des directeurs: jusquelà, tout ce qu'ils possédaient était inscrit au nom de quelques-uns d'entre eux. Ils entreprirent, avec leur nouveau titre, la construction d'une partie du chemin de fer qui, partant de Chicago, aboutit à Quincy. L'affaire fut très lucrative : les mauvais jours semblaient finis et une ère de prospérité commençait pour ceux qui avaient bravement traversé les plus dures épreuves. Quiconque serait venu à Bishop-Hill en 1859 y aurait trouvé une petite ville bien construite en briques, entourée de 10,000 acres de terre en pleine culture, d'une valeur de 300,000 dollars. Il aurait pu voir dans l'édifice principal une immense salle à manger où 1,000 habitants des deux sexes venaient s'asseoir, par tiers, pour prendre leurs repas. Et si la curiosité l'avait poussé à visiter la cuisine, il en aurait admiré les dimensions gigantesques, mais à peine suffisantes à la besogne qu'on en exigeait. Le même voyageur se serait senti édifié par une piété simple et sincère. L'église lui cüt offert deux services le dimanche, l'un le matin et l'autre le soir, avec des hymnes, des prières et des ser • mons. A part cela, aucune distraction, car les piétistes suédois repoussaient en bloc les amusements mondains, et n'admettaient pas -d'autre lecture que celle de la Bible, qui enseigne, disaient-ils,

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