La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE CO)ü!UNISME EN A)l~~RIQUE 3;l7 de ceux qui pensent reconstruire l'humanité, non sur l'intérêt individuel, mais sur l'altruisme, ou la solidarité. Ces füs de la Scandinavie, nous dit-il, débutèrent sans avoir le sou et arrivèrent en peu d'années à une situation prospère, où ils se seraient maintenus s'ils n'avaient pas eu l'imprudence <lecontracter des dettes. De là des procès et des querelles intestines qui amenèrent la dispersion des sociétaires. Ils étaient originaires de IIelsingland, en Suède, et commencèrent, vers 1830, par former une secte piétiste, visant à faire refleurir l'âge d'or du christianisme, qui exigeait, suivant eux, une égalité parfaite des conditions. Leur principal prédicateur, Eric Janson, se mit à clos l'autorité civile. On l'accusa de répandre des idées sub,·ersives de tout ordre social. Des réunions, dont il était l'ùme, furent brutalement dissoutes par la police. Lui-même fut condamné à des amendes et à des emprisonnements. Ses regards se portèrent naturellement, comme ceux de Rapp, de Biiumeler et de ~Ietz, par delà l'Atlantique, où rien ne viendrait gêner sa parole et l'empêcher d'embrasser, avec ses coreligionnaires, une vie conforme à leur conscience chrétienne. Un d'entre eux, Olaf Oison, fut envoyé aux États-Unis, afin d'y trouver une localité propre à la colonisation. Il arrêta son choix sur une acquisition de terre dans l'Illinois. A la réception de son rapport, les piétistes d'Ilclsingland résolurent d'émigrer en masse. Les autorités tentèrent, dit-on, d'empêcher l'exode; mais un de ses promoteurs alla trou,·ei· Oscar I•• et obtint de ce monarque libéral la levée de tout obstacle arbitraire. Les riches payèrent pour les pauvres, et tous, au nombre de 800, se trouvèrent sur l'emplacement que leur avait indiqué Olaf Olson et qu'ils nommèrent Bishop-Hill. Là ils se trouvèrent p1·esque sans ressources et purent à peine acheter, la première année, un espace de 4.0 acres seulement. Ils vécurent pendant quelque temps d'une vie très misérable, dans des baraques adossées aux collines, n'ayant pour église qu'une tente de toile grossière. Beaucoup d'entre eux se louèrent aux fermiers du voisinage, afin d'augmenter l'avoir commun. La fièvre des prairies se mit dans leurs rangs et vint s'ajouter à leurs souffrances physiques. La famine les aurait décimés avec la maladie, s'ils n'avaient réussi à faire un emprunt de i,800 dollars (9,000 francs). Cependant; après une année d'un labeur opiniâtre, ils parvinrent, en i8li.9, à construire une église en briques et une maison, également en briques, contenant une immense salle à manger avec une cuisine générale. Un de leurs dfrecteurs, Jonas Oison, le même qui était allé sans hésiter demander justice au roi de Suède contre la police, partit pour la Californie, avec huit jeunes gens, à la re22

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