La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

ll32 L.\ RE\"UE SOCI.\LI~TE qu'il est devenu extrêmement difficile, « pour une publication qui entend se tenir à l'avant-garde du mouvement (social), de concilier la qualité d'organe officiel d'une grande œuvre catholique avec l'indépendance et la liberté dont elle a besoin pour développer et propager ses doctrines ». Les opinions de l'rlssociation catholique sont encore « contro,·ersées, » dans le monde religieux. « Des divisions existent, il serait puéril de le nier et inutile de le dissimuler après l'éclat qu'elles ont reçu et que d'autl'es que nous parai~sent vouloir leur donner encore. C'est dans la question du kavail industriel qu'elles se sont jusqu'ici presque exclusivement manifestées ... » '.\lais cc n'est pas là le seul terrain sur lequel les divergences s'affirment. En général, '.\I. de '.\Iun et ses amis sont accusés de tendances socialistes et de statolâtric. Il repousse cette accusation, et en passant, dit du socialisme: « C'est le dénaturer singulièrement, que de le réduire à désigner l'intervention plus ou moins étendue de la loi dans le contrat de trarnil. Il a en vérité une bien autre portée : il répond, sous des formes <livcrses, à toute une conception politique autant qu'économique. » Quant au rôle de l'État, M. de :Munestime qll'il a à remplir<< un rôle de protection sociale», et à l'appui de son assertion, cite malicieusement une série de déclarations de '.\I. Preppel, qui ne laisseront pas que d'embarrasser l'ondoyant prélat. Les conclusions de l'article méritent de fixer l'attention, elles fel'Ontsûrement réfléchir, dans le monde conservateur auquel s'adresse surtout notre émi1~entconfrère. En voici les extraits saillants : « Ceux qui ne Yoicnl, dans le l>ruit menapnL des revendications populaires, r1uc la manifestation, sous des formes nournlles des inslincts de ré,·olte 'fUi de tout temps ont agité Je,; cœurs de,; déshérités, et l'éruption périodique du feu latent r1ui couYe au sein des n,isérahlcs, ceux-là n'ont confiance que dans la force pour étcin,lre des insurrections qu'ils jugent déplurablcs assul'émcnt, mais non moins ill,:gitimcs, contre l'ordre étal>li: ils sont à mes yeux dans la plus dangereuse et, sou,·ent, la plus coupable de, illusions; les catholiques n'ont pas Je drnit de s'y al>andonncl'. Ceux qui ne découHcnt, dans la plainte ardente des travaillcul's, r1uc l"éterncl gémissement de la paunct& et le c-ri doulour<;ux 'JUC lui arrache une souffrance doublée par le con,tanl spcctade de la ri<"hcssc, ceux-li, cherchent dan~ la charité une réponse it Jïnquiète interrogation ùe leur conscicnc·e, et s'ils sont chrétiens, ils la trouvent dans les œuvres de miséricorde : le bien qu'ils font est immen,o, leur dé,·oucmcnt e,t néee,saire ,\ tous les temps, à. toutes les époques; les catholiques seront toujours les premier~ à en donner l'exemple. Ceux enfin qui, da~s les explosions de colères allumée, par Je malsaines excitations, apcrçoi\"ent !"effet inû,ital>le du contraste grandissant entre ies bénéfices sans mesu1·c du capitalisme Pl la condition précaire des oun-iers, ceux-là pensent <1u'il est sage autant que j ustc ,rappol'lcr un remède à cette situation douloureuse, en donnant satisfac;tion aux légitimes revendications de la masse populaire : beaucoup estiment <JUCleur devoir c~t de marcher les premier~ claos celle voie. « Cc n·c,t là, toutefois, qu'un côté de la question. Au-dessous de ces phénomènes exté1·icurs,.dc ces agitations tumultueuses, il y a une c:i,usc profonde

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