828 LA RE\'VE SOCIALISTE Ce plaidoyer libre-échangiste est au moins singulier. Voici plus fort encore: M. Leroy-Beaulieu a repris également contre les protectionnistes, dans Je numéro du 21 février, les objections tant de fois formulées par les socialistes contre les Pangloss de l'économie politique'. Il s'agit toujours des tarifs douaniers. M. Leroy-Beaulieu dit en substance aux députés qui les ont élaborés: Est-ce que vous croyez que vous allez, comme cela, bouleverser le monde du travail, provoquer la fermeture des usines ruinées par vos tarifs, sans que personne mette le ho!;\ à vos capricantes et ruineuses fantaisies? Vous prétendez que les ouvriers feront autre chose, « qu'ils se livreront aux travaux de l'agriculture. A qui fera-t-on considérer comme sérieuse une réponse de cc genre ? » Cette réponse n'est pas sérieuse, en effet, 1L Leroy-Beaulieu a raison de la traiter de haut. Seulement, elle ~1'est pas nouvelle. Depuis qu'il y a des économistes, toutes les fois qu'on leur demande: que deviennent les ouvriers jetés sur le pavé par les perturbations qu'amènent dans l'industrie le perfectionnement de l'outillage ? - Les économiste,;, imperturbablerncnt, répondent : Ils changent de métier. Dès lï77, Beaudeau, un des pères de l'écononomie politique, répondait à l'anti-économiste Graslin, qui lui avait posé la question : Ils feront autre chose. A quoi Graslin ripostait: Et s'ils ne peuvent faire autre chose, en attendant ils mourront de faim? - On voit que nos· députés n'ont ni le monopole ni l'invention de la réponse que le rédacteur en chef de l'Economisle leur prête. Les économistes nous la font tous les jours. Pour une fois que :\L Leroy-Beaulieu proclame qu'elle est aussi inhumaine qu'absurde, nous l'enregistrons et lui donnons acte de son bon mouvement. Dans ce même numéro du 21 février, 111.Gomel, à propos de la loi anglaise de 1H88,analyse la législation qui régit les chemins de fer dans la Grande-Bretagne - pour démontrer que, contrairement à l'opinion commune, le Parlement britannique laisse une grande latitude à l'exploitation commerciale des chemins de fer anglais, ·concédés à perpétuité et en toute propriété; or, voici l'économie juridique des rapports entre l'État et les Compagnies; je l'extrais sommairement du travail de M. Gomel. Le lecteur jugera par là lequel des deux gouvernements, anglais ou français, tient le mieux dans sa main la puissante féodalité des voies ferrées : « Les chemins de fer sont, en Angleterre, concédés par des lois « (et ii. perpétuité) ... La loi qui concède une ligne mentionne sa « direction, sa longueur, son tracé ... Elle règle le montant du << capital-actions, les. conditions auxquelles la compagnie pourra « emprunter, le délai dans lequel les travaux doivent être achevés,
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