LE CARDINAL MANi\'lNG 321 adressée au XX• siècle... vous venez maintenant, parce que le pape a condamné le socialisme, le condamner à votre tour ! Yous établissez une distinction byzantine entre l'organisation sociale et le socialisme. C'est une pure plaisanterie indigne de votre science, de vos connaissances et de votre personnalité. Socialisme ne veut pas dire seulement destruction, il signifie ainsi reconstruction,· organisation rationnelle, équitable de la société. Prétendriez-vous par hasard que la Rénovation sociale puisse se faire sans détruire ce qui est? cela ne peut se soutenir; les réformes partielles - il y en a eu - n'ont eu jusqu'ici pour résultat que de river davantage les chaînes du Prolétariat .. Yous vous enorgueillissez de l'organisation sociale anglaise, de la coopération britannique, du Tracle Unionisme. Eh bien! voudriez-vous me dire si cela a empêché et empêche des milliers de vos frères de crever de fai~ de froid, de misère, dans les bouges de White-Chape!? Cela a-t-il empêché les grévistes des chemins de fer de succomber sous l'effort du capitalisme? Vous me direz (et je le sais) qu'en Angleterre vous avez des lois protectrices du travail' des enfants, des femmes, une législation sani. taire fort bien faite. Mais quel est le résultat? Toujours dans les usines vous avcz des enfants de douze ans et même moi9,squi peinent. Et dans quel but? Pour enrichir de leur labeur les patrons. Toujours dans vos industrielles cités vous avez des maisons insalubres, sans air, sans lumière, sans eau, où une population affamée s'entasse comme rus chiens en leurs chenils. Que dis-je ! dans les seigneuriales pI'opriétés de vos lords, les chiens sont mieux soignés, mieux logés que vos f\·ères, les humains dont la chair, insuffisamment nourrie, se brûle dans vos usines pour satisfaire au luxe de vos marchands, de vos industriels, de vos Landlords ! Croyez-vous que sans détruire cc qui est, sans révolutionner le monde social actuel, vous supprimerez la misère de la masse et la pléthore de la minorité? Croyez-vous q~e sans destruction, vous pourrez édifier une équitable répartition des biens, adéquate aux besoins humains? Croyez-vous que, sans toucher au principe de la Propriété individuelle, vous pourrez améliorer le sort de vos frères ? ... Vous ne le croyez certainement pas, car Yous êtes intelligent et point du tout un songe-creux. Quand un édifice pèche par la base et de toutes parts craque, il ne faut pas songer à l'étayer, à reconstruire des étages, à en réparer d'autres. Ce qu'il faut, c'est le démolir de fond en comble et, sur l'espace ainsi libéré, établir une construction solide, propre au but qu'on se propose. Pour la Société, il en est de même et c'est utopie de vouloir partiellement améliorer. Ces améliorations retombent en nouvelles charges sur les souf111
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==