262 LA REVUE SOCIALISTE de la commission, il conclut, le 22 juin, à la dissolution immédiate des Ateliers nationaux et l'Assemblée sanctionna. 110,000 prolétaires furent, du jour au lendemain, jetés sur le pavé. Ils répondirent par la terrible devise des révoltés lyonnais de 1831: Vivl'e en tl'availlant ou mourir en combattant ! et les lamentables journées commencèrent. C'était ce qu'on avait voulu, pour en finir, selon la coupable formule de Garnier-Pagès. On en flnit en efTct.Le prolétariat fut décimé par les troupes de Cavaignac et par !''impitoyable répt·ession qui suivit; mais les espé• rances sociales ne sombrèrent pas seules dans la tourmente; la République elle-même, comme il était à prévoir, fut emportée par le torrent de réaction qui précipita la France dans les abimes <lu Deux Décembre et de la honteuse et funeste restaurotion impériale. Les socialistes avaient dit vrai; la République ne pouvait éviter d'P.tre dévorée par les réactions dynastiques et les peurs bourgeoises qu'en rattachant à elle les intérêts du prolétariat, qu'en devenant, selon la formule du temps, démocratique et sociale. Pour les vainqueurs de Février, l'acte premier de cette politique novatrice devait être la consécration du droit au travail. Or, le droit au travail présuppose, pour le moins, un commencement d'organisation dµ travai'l, que l'on ne conçoit pas sans l'instrument nécessaire: un ministère du travail disposant d'un budget considérable pour pouvofr être à la fois protecteur, àméliorateur et réorganisateur. Jamais les socialistes n'ont varié sur ce point et la Commune de Paris fut dans les vraies traditions lorsque vingt-trois ans plus tard, en 1871, elle nomma un Délégué au Travail et à l'Échange; mais ce ne pouvait être qu'une affirmation de principe, car tout allait être emporté par la sanglante réaction versaillaise. En 1887, nouvelle tentative de M. Camille Raspail, qui déposa le suivant projet de loi à la Chambre des députés: « La Chambre invite le gouvernement à créer un nouveau ministère qui prendra le titre de ministère du travail et qui aura pour attributions : 1° La législation du travail; 2° L'organisation du travai]. ; 3° La colonisation et l'administration de l'Algérie et de la Tunisie; /1• Enfin toutes les questions se rapportant au travail des villes et campagnes: syndicats, associations ouvrières, conseils de prud'hommes, caisses de retraites pour les vieillards, de secours mutuels, des , invalides du travail. > Écartée, bien entendu, fut la proposition. Repoussée de même, en 1889, la proposition de A. Millerand et quelques-uns de ses collègues, dont le but était, en attendant la constitution d'un ministère
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