La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE MIN!STf:RE DU TR<\VAIL 261 proclamé ce droit en reconnaiss;ance de la victoire des combattants de Février» (1). Pendant ce temps, la majorité de l'Assemblée nationale, encolérée par la déplorable journée du 15 mai, poussait de toutes ses forces à la dissolution immédiate, tandis que Thiers le bourgeois égoïste, que Falloux l'habile et cruel jésuite et leurs pareils, soufflaient la peur et la haine, dans l'ombre. Dans ces graves circonstances, le socialisme fit entendre sa voix. A la séance du 15 juin, Pierre Leroux portant le débat sur les hauteurs, s'écria : Si vous ne muiez pas sortir de l'ancienne économie pofüiquc, si Yous Youlcz absolument anéantir toutes les promesses non pas seulement de la dernière révolution mais de tous les temps de la Rérnlulion française, dans toute sa grandeur; si vous ne voulez pas que le christianisme lui-m,'me fasse un pas nouveau, si vous ne voulez pas de l'association humaine. je di~ que vous exposez la civilisation ancienne à mourir dans une agonie terrible. A l'audition de ce langage inattendu, la Droite et le Centre euxmêmes devinrent malgré eux attentifs: Pierre Leroux continua: Le gouvernement agit sans ensemble, san, une idée, faute de connaitre la situation profonde de la société, faute c1·avoir médité sur le problème que la révolution de Février a présenté aux esprits. \·ous n'avez pas de SQ[ulion, pas d'autres que la violence, la menace, le sang, la vieille et absurde économie politique. Il y a des solutions nQu,·cllcs, le socialisme les apporte. Ne les calomniez pas comme vous faites depuis trois mois; permellez au :--ocialisme de faire vine l'llumaniié.,. Le philosophe socialiste parla ensuite de l'association, de cc qu'on en pourrait tirer, du travail nouveau qui résulterait de la mise en culture des terrains vagues de la Brntagne, du Limousin, de la Sologne ; ensuite, il préconisa des migrations en Corse et en Algérie oü les ouvriers socialistes iraient fonder des communes républicaides et sociales nouvelles. Mais rien ne pouvait plus refouler le torrent de prévention et de haine contre-le prolétariat socialiste qui avait submergé l'Assemblée. C'est le rothschildien Goudchaux: qui succéda à Pierre Leroux: et ce fut pour prononcer oes paroles qui sonnèrent le glas de la mort pour 12,000 ouvriers parisiens et pour la République elle-même : Il faut que les ateliers nationaux disparaissent, jo dis le mol, on leur entier; il faut qu'ils disparaissent à Paris c1·abord, en province ensuite. lis ne faut pas qu'ils s'amoindrissent, entendez-le bien, il faut quïls clisparais,cnt ! L'heure sanglante de Falloux: était arrivée.· Nommé rapporteur (1) E. SPULLEll : Histoi,·e pa,·lementaire de la seconde République.

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