La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE P.\CTE DE F.\m;,;E jours après, l'intendant rencontrant le chef de cette maison lui manifesta son étonnement de cc qu'il ne s'était pas présenté. Le gros importateur répondit sans s'émouvoir : - « Vos conditions <leprix ne me convenaient point. D'ailleurs, je suis trop occupé, en ce moment, par la fourniture des vivres de l'armée allemande que j'ai soumissionnée et obtenue ... » i\Iieux que tous les chilîrcs et toutes les analyses économiques, cette anecdote, dont l'authenticité est indiscutable, répond il.laquestion posée plus haut, de savoir si l'Etat ou les municipalités·doivent s'adresser, pour leurs achats, aux intermédiaires actuels, c'est-il.- dire aux monopoleurs du commerce du blé. L'intendant, à qui le mot cité plus haut a été dit, est navré de l'état de choses actuel, et il ne saurait être rendu responsable du fait de traiter avec un fournisseur de l'armée allemande pour la fourniture des Yivres de l'armée française. Dans un rapport que nous avons sous les yeux et où il raconte lui-même l'anecdote, il le déplore avec tristesse. i\faié" que faire? Cc n'est évidemment pas un fonctionnaire de l'intendance qui peut prendre l'initiative de se soustraire au joug de ceux qui ont accaparé entre leurs mains le commerce des céréales. En résumé, les nécessités de la défense nationale exigent, d'après le projet de loi déposé par le ministre de la guerre, la constitution de grandes réserves de blés et de farines pour l'approvisionnement de la population des places fortes en cas de guerre, et ni les municipalités ni le gouvernement, qui se partagent la charge de constituer ces réserves, ne sauraient s'adresser au commerce des blés pour leurs achats. D'ailleurs, on ne s'expliquerait pas l'utilité des moulins, dont le projet préYoit la construction,si on devait s'adresser au commerce privé, qui peut aussi bien fournir de la farine que du blé. La construction de ces moulins deviendrait inutile, et on verra quel rôle important ils sont appelés à jouer dans le nouveau commerce des grains, si la création des réserves se fait en dehors de l'action des monopoleurs ordinaires. Revenons, maintenant, à ce qui a été l'objet primitif de cette étude: le meilleur mode d'approvisionnement à instituer par la municipalité parisienne. Aussi bien trouverons-nous, clans la solution du problème de l'approvisionnement municipal de Paris, la solution du problèp.1e, plus étendu, de l'approvisionnement de la population civile des places fortes par l'Etat.

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