La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA RE\'UE SOCl.~LISTE Paute de renseignements plus précis, nous en sommes réduits aux conjectures. Il est probable, cependant, que l'autorité militaire, dont les prévisions feront loi, pour la détermination des quantités, ne voudra pas laisser à d'autres l'important service de l'approvisionnement. Jalouse de ses prérogatives, elle arguera, pour revendiquer le droit d'assumer cette t5.che, l'expérience de ses fonctionnaires, qui assurent déjà l'approvisionnement réglementaire de la mobilisation et la consommation courante de l'armée. Or, la façon dont fonctionne aujourd'hui le service de l'approvisionnement militaire n'est pas précisément de nature à nous rassurer sur l'excellence des résultats que pourrait donner un système de résen·es, constituées au moyen d'achats directs, faits aux détenteurs actuels du monopole des blés, par l'intendance. D'abord, les quantités sue lesquelles opère l'intendance sont infimes à côté de celles prévues pom l'approvisionnement des places fortes. La réserve réglementaire de la mobilisation n'est constituée que pour une durée de f!Uarante jours et ne prévoit que les besoins d'une population valide de 1,:W0,000hommes. Ensuite, les quantités ù centraliser sont réparties sur une foule de points du territoire, et ne présentent pas les embarras de concentration sur un point unique, que soulève l'approvisionnement d'une population comme celle de Paris, éYaluée à 3 millions d'ùmcs environ. i\Ialgré ces facilités, la réserve militaire s'effectue à des conditions trop onéreuses. En général, pour les grosses fournitures, l'intcndanc<>traite avccdegrandesmaisons, par voie d'adjudication. Mais les garanties de l'adjudication sont illusoires. En réalité, les grands importateurs, qui réunissent le commerce ries farines à celui des blés, a:-rêtent, <l'un commun accord, les prix auxquels l'administr::\tion doit accepter la fourniture, et les produits linés ne sont pas toujours d'une irréprochable qualité. A cet égard, je n'ai pas à rappeler ici les nombreuses ci·itiques auxquelles ont donné lieu les avaries surYcnues dans les vivres distribués à l'armée active. Cependant, l'administration paye à ses fournisseurs des primes énormes, usura_ires, d'entretien et de manutention : 20 0/0 ! Mais tout cela n'est encore rien ; par suite de l'organisation du commerce des grains en monopole de fait, exploité par des maisons étrangères, il arrive souvent que les fournissems sont des étrangers, qui partagent leurs soins entre l'armée française et l'armée allemande. Voici, à cc propos, un fait typique, raconté au conseil municipal, par ~l. Deligny, qui le tenait de la bouche même de l'intendant général du camp retranché de Paris. Il y a quelque temps, l'administration du camp ouvrait une adjudication importante de farines. Une grande maison d'importation, qui soumissionne d'habitude, nti concourut pas cette fois. Quelques

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