La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE PACTE DE FA)IINE Hl aux pouvoirs publics une situation économique nouvelle, très complexe, de nature à produire les conséquences les plus étendues sur Je commerce des blés. Pour tenir en réserve, dans des conditions de cherté déterminées, l'alimentation de millions d'individus, force sera bien aux pouvoirs publics de sortir, enfin, de l'abstention théorique dans laquelle ils s'étaient retranchés jusqu'à ce jour! Résultat imprévu d'une situation générale, dont gémissent à juste titre les hommes de progrès et de pensée: - c'est le militarisme, a,·ec le développement elîra yant de ses moyens de destruction et de ~onquête, qui aura poussé l'Etat dans une voie d'action sociale devant laquelle il avait reculé jusqu'à ce jour. N'est-ce pas, en eITet, le péril national résultant des armements grandissants de la Triple alliance qui oblige nos gouvernants à pourvoir à l'alimentation des populations menacées ... L'état barbare de la paix armée, voilà donc ce qui aura déterminé l'intervention du gouvernement sur le marché commeréial français. Car les quantités de grains et farines évaluées plus haut une fois achetées, soit par les municipalités, soit par le pouvoir central, là ne se bornera pas la charge de ceux-ci. On ne saurait garder indéfiniment en magasin des réserves de blés ou de farines. Il faudra les tenir en bon état, les renouveler, organiser par conséquent un serYicede manutention, de ventes et d'achats permanent. Le renouvellement ne saurait s'opérer du jour au lendemain, il porte sur des quantités trop importantes. Il faudra donc établir une circulation constante; un courant de consommation normale, de natm'e à permettre un va-et-vient régulier entre le marché et l'entrepot public. M. de Freycinet a-t-il prévu toutes les conséquences économiques qu'entraine la constitution des réserves, dont il a reconnu l'indispensabilité? Il nous est difficile de le croire. Le projet est muet là-dessus. Il proclame la nécessité des réserves, il ne dit point comment elles seront obtenues, à quelle source elles s"alimenteront, ni comment seront efîectués les achats. Les municipalités achèteront-elles de leur côté, pour les deux premiers mois, l'Etat ach~tant du sien, pour le temps restant à courir jusqu'à la fin des opérations? L'Etat et les municipalités achèteront-ils directement à la production, ou bien passeront-ils par les inteumédiaires ordinaires, existant déjà, entre la consommation et la production? Autant de questions qu'on se pose et auxquelles le projet ne répond point. Il ne dit même pas ce qu'il faut entendre par cette expression un peu vague, « le gouvernement », lorsqu'il assigne à ce dernier l'obligation de réunir l'approvisionnement de la seconde période. Il nous laisse ignorer si c'est l'autorité militaire ou l'autorité civile qui procfdera aux achats.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==