LA RE\'l'E SOCIALISTE marquis de Castellane est un esprit original et malgré ses boutades méprisantes à notre endroit, nous reviendrons sur l'ensemble de son travail, quand il sera terminé. Dans quelque temps, - jadis, on eût pu dire : dans quelques jours; mais à l'époque où nous vivons, on n'est sûr de rien, pas même de la brièveté des ministères, - il y aura une histoire économique curieuse à écrire : c'est celle du ministère Yves Guyot. J'ai eu l'occasion de signalei.· aux lecteurs de la Revue socialiste les prodigieux avatars de l'ex-petit employé de la Lanterne. Tour à tour, parfois simultanément: socialiste révolutionnaire, républicain conservateur, économiste, autonomiste et radical-socialiste, présentement il est ministre, - c'est sa dernière incarnation; - ministre autoritaire centralisateur traitant les grévistes d'émeutiers et le conseil municipal de Paris d'assemblée insubordonnée, parce que celle-ci rechigne à accepter le métropolitain Eiffel - le tout à l'ahurissement comique de ses anciens collègues de l'autonomie municipale et de ses anciens électeurs du quartier Notre-Dame, stupéfaits d'apprendre que leur conseiller autonomiste d'antan dénie à la ville de Paris la propriété de ses chaussées, de son sol et de son sous-sol, confisqués au profit de ~I. de Rothschild. M. Constans, qui n'est pas une bête, quoi qu'on en dise, l'a pris dans son cabinet pour apaiser les dernières velléités d'opposition radicale - d'ailleurs bien éteintes et désormais ino!Tensives - d'autrefois. Il savait ce qu'il faisait, l'astucieux Toulousain, en choisissant le fondateur paradoxal et << successif » du groupe de l'autonomie parisienne. Tant que la féodalité industrielle aura voix consultative - et exécutive - au Palais-Bourbon, le ministère Constans-Guyot pourra compter sur de longs jours d'existence, paisibles et fleuris comme les périodes du discours académique que prépare M. de Freycinet. Pendant ce temps, chaque jour amenant sa tâche, l'œuvre com mencée par le projet de métropolitain se continuera - moins bruyante, mais plus décisive, plus fertile, surtout- pour les intérêts en jeu. Dans la première affaire, en effet, le ministre est allé trop vite en besogne. Pressé par le président de la Société de la Tour, il a voulu abréger les délais, et mal lui en a pris. Sa précipitation l'a fait trébucher net en route - sa précipitation et la brutalité des procédés employés à l'égard du conseil. La leçon a porté ses fruits, car nous voyons, dans une combinaison semblable, mais beaucoup plus importante, où des intérêts non moins avides et beaucoup plus considérables sont en instance, le ministre user d'une prudence, d'une délicatesse de doigté que nous n'aurions pas attendu de ses façons cavalières d'autrefois. Cette prudence est singulièrement
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