La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

200 L\ RE\'üE SOCIALISTE Depuis quelques années, cependant, des économistes clafrvoyants, san~ rrnoncer à l'argument facile de l'accroissement des dépôts, se sont émus de la situation économique créée par l'accumulation considérable de ces sommes dans une caisse aussi voisine du Trésor public que celle des dépôts et consignations. M. Leroy-Beaulieu, entre autres, a exprimé, à diverses reprises, des craintes pessimistes sur ce grave sujet. C'est que les économistes, quoi qu'ils disent, ne se font pas illusion sur la provenance de ces fonds. Ils savent très bien que la caisse d'épargne est surtout la banque de la petite bourgeoisie industrielle et commerciale - une han<1ue sûre de tout repos, sans risques ni aléa, à l'accès facile et rémunérateur. La caisse d'épargne sert, en elîet, à ses déposants, un intérêt supérieur au taux normal du marché. Le maximum de versement ayant été fixé à 2,000 francs par compte particulier, le petit commerçant, le petit industriel, se procurent trois ou quatre livrets dilîéren ts et trouvent là un asile assuré pour leur fonds de roulement. Les versements s'accroissent donc tous les jours, aucune banque n'offrant des conditions de dépôt aussi avantageuses et commodes. Mais elle soustrait aux alîaires, c'est•à-dire au marché - ou si l'on aime mieux à la gent financière, des capitaux importants, que le placement à la caisse d'épargne sauve des crises et des krachs de toute nature. Il y a là, évidemment, une concurrence faite à l'indusLrie honnête du crédit, - concurrence favorisée par l'État au profit des petits capitalistes, et les économistes s'élè,·ent avec beaucoup de violence contre cette intervention sociale abusive. Ensuite, l'accumulation des petits capitaux dans les colîres de la Caisse des dépôts, d'où ils sortaient, jusqu'à cês derniers temps, contre une obligation ou un titre de consolidés, menaçait de s'accroître indéfiniment. De ce fait, n'y a•t-il pas là un aléa à courir, et la sécurité que présentait l'État était-elle libre de tout repos? « Les versements des caisses d'épargne (c'est-à•dire des excédents des caisses de province et de Paris, non des déposants, qui n'ont pas de rapport direct avec la Caisse des dépôts et consignations) atteignaient, nous dit ~1. Moireau, un peu moins de 700 millions en 1863. « Après 1871, ils augmentèrent de plus d'un milliard en sept années. Ces dépôts étaient placés (puisque la Caisse paye aux déposants un intérêt, il faut qu'elle trouve un placement lui permettant de réaliser cet intérêt) pour moitié en rentes ou en obligations du Trésor à long ou à court terme, et moitié en compte courant au Trésor à '1 0,0. En 188;?, le compte courant:\ /1 0;0 s'élevait à 95!) millions ... Une loi du 31 décembre 1882 intervint alors et autorisa la consolidation de ce compte courant ji.squ'à concurrence de

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