La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

REVUE DES RE\"UES 217 s'est accrue, dans l'espace de lH ans, de 111 millions, alors rcu e l'.\llemagne, qui, au même point de départ, s'était rapprochée de nous en faisant :2, 750 millions, c'est-à-dire :i't millions <lemoins ,eue la France, nous a dépassés dans <les proportions énormes, e'est-àdire inquiétantes, puisqu'elle a augmcntl 1 son commerce d'exportation de 1,4/Ll millions, c'est-à-dire de plu-; d'tin milliard de plu::. que nous. ,, Les subsistances se sont donc multipliées plus rapidement <rueles hommes en Allemagne. Maintenant, l'émigration est-elle la résultante de cc développement, - dans quel rapport s'est-elle accrue avec la population - e t surtout dans quelles proportions a-t-elle influé sur l'expansion industrielle de la race germanique? Car les économistes, avec leur étroitesse de vue provoquée par le parti pris malthusien, n'ont que peu ou point étudié ce côté de la question. On vient de voir que i\lalthu-, n'explique rien et <Juesi on ne fait pas entrer en ligne de compte le facteur de l'état économique d'un pays, l'émigration reste un phénomène contradictoire et inexplicable. Autant que les faits généraux permettent de l'entrevoir, cependant, non seulement l'émigration peut être indépendante de la na - talité (exemple l'Irlande) et dépendre surtout des conditions économü1ues de chaque pays, mais encore inlluer directement elle-même sur ces conditions. Je suis convaincu qu'elle a fortement contribué au développement de l'industrie germanique et à la disproportion croissante entre la France et l'Allemagne, dans les progrès commerciaux réalisés depui,; [;,GO. Chaque émigrant constitue, en eITet, pour la mère-patrie qu'il quitte, un propagateur de ses produits, dont il porte au loin le goût et le besoin. Dans l'Amérique centrnle et l'Amérique du Sud, nul doute que ce ne soient les colons de race saxonne qui aient introduit les marchandises allemandes, dont la concurrence tend, de plus en plus, à supplanter nos produits, jusque-Ht sans rivaux dans ces contrées. Les esprits simples s'en consolent, en disant que la France est un pays riche, à population stationnaire et à natalité décroissante, qui ne peut, par conséquent, fournir qu'un contingent très borné à l'émigration. Eh bien! c'est une erreur. Ce qui paralyse surtout l'émigration française, ce sont les cmpè - chements administratifs de toute nature par lesquels on s'efforce de l'enrayer. De tout temps, un courant naturel a porté les paysans de certains de nos départements pyrénéens et du .l\lidi vers l'Amérique centrale et l'Amél'ique du Sud. On a tout fait pour entravet·ce mouvement d'expansion. Voilà des années, déjà, que j'ai signalé

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