La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA RE\"UE SOCIALISTE plier encore longtemps) le rapport établi pat· _leprédicant anglais, entre le croît hum:ùn et la production des subsistances? Il suffit de regarder autour de nous ; nous verrons que depuis que Malthus a formulé sa théorie, l'augmentation par tête des produits a toujours été en raison directe de l'accroissement du nombre des individus. Mais, objectc-t-on, les nations à forte natalité, comme l'Allemagne, ont une émigration correspondante? L'arrivée de nouveaux convives au banquet social chasse donc les émigrants vers des pays moins peuplés, où les subsistances sont plus abondantes. En réalité, il n'en est rien: les produits se multiplient plus rapidement que les convives. :\lais une répartition inégale, résultant de faits économiques spéciaux, met obstaclo à cc que tous profitent de l'augmentation totale des subsistances, provoquée, non entrnvée, par la venue de noU\·eaux producteurs. Au reste, il en est de l'émigration comme de tous les phénomènes sociaux, qu·on ne saurait ramener à une cause unique, sans risquer des erreurs de fait grossières. Elle ne représente pas toujours le surplus de population introduit par l'accroissement des naissances; elle n'est pas toujours en rapport direct avec le niveau de misère, qui devrait lui correspond1·e, si la théorie malthusienne était exacte, - et elle peut, cependant, se produire en connexité plus ou moins étroite avec chacun de ces phénomènes, ou les contredire entièrement. Ainsi, l'émigration irlandaise se continue, malgré la décroissance assez rapide de sa population, dont le coefficient de natalité, au-dessous de celui de la France, va toujours en diminuant. En Allemagne, au contraire, elle correspond à un coefficient de natalité élevé, presque stationnaire. Mais la question des subsistances n'a rien à voir aYec les exodes de son émigration, car celle-ci s'est surtout développée au cours de ces trente dernières années, qui coïncident précisément avec le dé\-eloppernent subit du progrès commercial de l'Allemagne. Pour permettre au lecteur de se faire une idée sommaire de ce développement, nous plaçons sous ses yeux les chiffres publiés à ce sujet par !'Economiste (rnnçais du 3 janvier ; « L'Allemagne, qui expédiait en 1860pour l,875millions de marchandises, est arri,·éc à exporter, en 1888, pour 4,191 millions, c'est-à-dire plus du double de ce qu'elle exportait en 1860; tandis que la Prance, déjà en retard de 222 millions sur 1880, n'a pu atteindre, à la même époque, 1888, que 3,21.6millions. « Notre exportation, qui se chiffrait en 1870 par 2,80'1 millions,

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