La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

212 L.\. REVUE SOCI.\.LISTE aristocratique fort répandu, The îl'o1·Zclile l\londe), où il se fü remarquer par sa critique des salons de la Royat Academy et des nombreuses expositions qui ont eu lieu dans Sew Bonrl Stl'eet. Là, comme ailleurs, il déteste le convenu, l'apprêté, l'artificiel, et leur livre de vigoureuses attaques. Critique littéraire et dramatique aussi, il fait une guerre continuelle aux préjugés. Mais où il est le plus brillant, le plus morrlant, le plus« paysan du Danube >>, c'est dans la critique musicale. Avec s0n tempérament de réfractaire, il ne pouvait manquer de s'enthousiasmer pour la musique de \Yagner. Pendant dix-huit mois, il a écrit dans le journal radical la Stcu· (!'Étoile) une colonne de critique musicale humoristique qui faisait les délices des lecteurs du vendredi. Il alla l'année dernière, pour le compte de la star, aux représentations des opéras de \Vagner, données à Bayreuth·, et en re,·int avec la conviction que ces opéras pouvaient être mieux représentés à Londres qu'à Bayreuth, parce que les dépositaires de l'œuvre de \\-agner s'entêtent dans une tradition formaliste étroite qui ne permet pas à des chanteurs de talent de déployer une initiative féconde. Shaw a depuis quitté la Star pour rentrer au TV01·ld à titre de critique musical. Il a passé aussi dans le journal hebdomadaire radical de 1\1. Labouchère, où il faisait la critique de peinture. l\Iais c'est comme écrivain et orateur socialiste que Bernard Shaw est appelé à un brillant arnnir. A part de nombreux articles et des lettres encore plus nombreuses aux journaux en réponse à des attaques contre le socialisme, il a publié quatre études socialistes importantes, dont deux, qui font partie des « Essais fabiens », ont pour titres: « La Base économique du socialisme, » - « le Chemin à parcourfr pour atteind1·e la démocratie sociale». La troisième est une « Réfutation de l'anarchie», en réponse aux théories d'un anarchiste américain, Benjamin Tucker, de Boston. La quatrième est une étude sur l'intérêt. En lt:188,la Btitish Association, ou plutùt la section économique de cette-association, crut devoir faire une petite place au socialisme dans ses débats annuels, et s'adressa en conséquence à la Société fabienne, qui lui dépêcha Bernard Shaw. C'était une excellente occasion de prêcher le socialisme à un auditoire composé surtout d'économistes de la vieille école et de capitalistes, et la Société fabienne s'en réjouitgrandemeµt. Shaw lut à la réunion son essai sur « le Chemin à parcourir ». Depuis ce jour, la Société fabienne n'a pas reçu d'autre invitation à exposer ses théories socialistes. Ses vues sur la moralité sont loin d'ètre celles d'un puritain; en les exposant hàrdiment dans un article sur les œuvres du célèbre dramaturge norvégien Henrik Ibsen, dont il est un admirateur, il a réussi à scandaliser bon nombre de ses collègues de la Société fa-

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