La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

Dans ces quatre ou cinq dernières années, il ne s'est presriue pa,;; pas~é de semaine sans que Shaw ait fait une conférence socialiste, et dans la campagne que la Société fabiennc a terminée récemment dans le L,mcashfre, il a fait e1l\'iron une douzaine de conférences en autant de jours dans autant de villes différentes. Aussi a-t-il acquis, ù une telle école, une grande habileté de parleur, prompt à la répartie piquante, et est-il considéré comme un dialecticien redoutable, spirituel en diable, d'autant plus redoutable qu'il a un tempérament extérieurement froid, ne s'emporte jamais et s;embarque parfois dans d'extravagants paradoxes qu'il appuie par d'audacieux tours de force de raisonnement. Comme il aime à défendre d'une façon irrévérente et quelque peu cynique les propo-,itions sérieuses, et à tourner en caricature les préjugés chéris de la classe moyenne, quelques-uns de ses opposants affectent de le traiter de simple farceur et de frivole inconigible, sacrifiant tout à l'épigramme et à un effet dialectique; mais si ceux-là le connaissaient mieux, ils seraient étonnés de la lourde artillerie de connaissances solides en polili<[Ueet en économie masquée derrière ses aYCuglants pétards et ses fantaisies humouristi<rues. En 18-!:?,il entendit Henry C:eorge, le fameux « prophète de anFrancisco », dé,·elopper ses idées d'impôt unique, et cela lui donna l'idée d'étudier l'économie politique pour yoir si cette science à la fois tant vantée par les capitalistes et tant décriée par les socialistes ne pourrait pas fournir un moyen <le remédier à la confusion de~ arrangements sociaux. Il lut aussi Karl '.\Iarx et fut fortement impressionné par la partie historique de son « Capital». Il devint membre de la English Land Resto,·(l(ion LeHyue (Ligue pour la restitution du sol), et en 1881 il entra dans la Société fabienne, dont il devait devenir le membre le plus brillant. C'est dans cette société qu'il perfectionna son équipement mental, au contact de jeunes hommes (et femmes aussi) instruits, avides d'apprendre da,·antage, discutant sérieusement entre eux les questions sociales dans le but d'avancer pratiquement leur solution. Shaw devint donc de moins en moins inconnu, et dès lors ses romans, qu'il n'avait pu jusqu'alors caser, virent successivement le jour, soit sous forme de livre, soit sous forme de feuilletons dans deux revues socialistes. En 1885, après la mort de son père, les subsides cessèrent. Heureusement qu'il avait fait la connaissance et acquis l'amitié d'un cl'itique dramatique distingué, .M. \Villiam Archer. Ce dernier, voyant que Sliaw était constitutionnellement incapable de trouver par lui-même du travail dans la presse, lui en chercha et lui en trouva dans la Poil -'foll Gccette. Pendant quelque temps Shaw remplit les fonctions de critique d'art clans un journal hebdomadaire

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==