La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

L.\ !:oOCIÜÉ FAl31EXXE 213 bienne, et surtout parmi eux son ami Hubert Bbnd. Il n'avait cependant que fait ressortir avec :;on talent habituel l'hypo,·risie et le canl qui sont au fond <lesOjJinionscourantes sur la religion, la moralité et le devoir. Bien qu'il soit une preurn YÎ\·ante d'un homme qui travaille assiclùment et gratuitement pour le bien des classes laborieuses, il n'en tire aucune vanité et 1·efuse cl'aclmctlre qu'il se dévoue. Il ne croit pas au self-sacrifice. Tou te méritoire que soit aux yeux des autres la façon désintéressée dont il agit, elle n'est aux siens que simplement naturelle, et même ju,qu'i\ un ce;·tain point égoïste, puisque, prétend-il, il a surtout en Yuc en a~is~ant sa satisfaction personnelle. L'altruisme ne serait donc, à son point de vue, qu'une variété d'égoïsme, consistant dans la satisfaction d'instincts bienveillants. Bernard Shaw n'est pas marié. Il déploie aupri·s des femmes, dans la société, cette galanterie irlandaise qui ressemble à la française, et qui passe aux yeux des Anglais résen·és et po. itifs pour de la dissipation. Jusqu'à :28ans il a &té si pauHe r1u'il dut abandomwr toute idée de mariage et que la oeiété qui l'accueille aujourd'hui ne le connut point. Se sentant inconnu, mal vêtu, timide, gauche et en même temps fier et délicat, il ne put songer à jouer les don Juan, d'abord parce qu'il n'en a pas le tempérament, en,uite parce qu'il y faut des écus dans sa poche et un chapeau présentable. Plus tard, il fut trop occupé par le journal, le roman et la propagande socialiste pour cherche1· des occasions d'intrigue. Comme la plupart des amants de l'art, il aime cependant les charmes et les éductions de la femme, - et comme radical socialiste il est un défenseur convaincu de ses droits. Bernard Shaw lit le français avec une grande facilité, bien qu'il ne puisse le parler. Il a depuis longtemps secoué les lisil·rcs tht'.·ologiques, la lecture de Shelley lui ayant ouvert de bonne heure de larges horizons. Il se déclare sans ambages athée, républicain et socialiste. En r6sumé, Bernard Shaw est encore jeune et a deYant lui une brillante ~arrière. Avec sa parole aujourd'hui très facile, mordante et humoristique; avec sa plume alerte, lucide, incisi\·e, trempée dans une encre dont la causticité est pimentée de cynisme bon enrant; avec ses hautes facultés artistiques variées, avec sa c0nnais;::ance de plus en plus profonde des questions sociales et des remèdes pratiques et immédiats à employer, enfin avec son esprit étincelant, il ne peut manquer, dans un a\·enir peu éloigné, de devenir une de,; figures les plus reman1uables du socialisme anglais. (Asuiure.)

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