210 L.\ REYUE SOCIALISTE en ce qu'ils sortent de l'ornière ordinaire où se traînent les rouvres scntinwnt::tles de la plupart des romanciers et romancières anglais; ils se distinguent par un mépris ouvert des conventions mondaines. Les personnages principaux sont coulés dans un moule original, frondeur, sccpti<1ue, rationnel, et intéressent Yivement par leur singularité saillante. Les romans de Shaw consistent surtout en dialogues et conYCt'sations, système dans lequel il est fort difficile de ne pas tomber dans la platitude ou l'ennui. Leur auteur surmonte cette difficulté par un style nerveux, une verve entraînante allant directement au but. Peu de descriptions, d'analyses psychologiques, de remplissage : tout concourt au dénouement. Il serait dommage que Bernard Shaw ne reprit pas sa plume de romancier; car,avec l'expérience acquise depuis dans un milieu de plus en plus large, il ne pourrait manquer de produire des œuvres considérables qui feraient avancer la question sociale. Ses débuts dans le joumalisme furent très durs, car tous ses articles, moins un ou deux, furent jetés au panier. Il connut les privations, et ce n'est que grâce aux maigres subsides que lui envoyait son père qu'il ne mourût pas littéralement de faim. Ayant vu de près, autour de lui, dans son adolescencê les conséquences terribles de l'ivrognerie, il s'était fait buveur d'eau (teetotallel") ; plus tard il fut conYerti au « légumisme », d'autant plus facilement qu'il aimait peu la viande ; en outre, la nécessité l'avait souvent obligé à ne boire que de l'eau et à ne manger que des légumes et des fruits quand même il eût eu du goût pour la bière, le whisky ou le roastbeef. La nécessité se trnnsforma graduellement en habitude. Mais je note avec plaisir qu'à l'encontre de la majorité des légumistes et des teetotnllei's, il est exempt de fanatisme en ces matières. En 18ï9, ayant alors 2~ ans, il assista à une conférence contradictoire. Bien qu'il n'eût alors jamais parlé au public, il crut devoir prendre part au débat. Son speech se ressentit de son inexpérience : il balbutia, chercha ses expressions, se rendit presque ridicule. Il résolut alors de surmonter sa timidité et, dans cc but, se fit admettre dans une société de discussion et s'astreignit à parler au moins une fois par semaine pendant une année. Il accomplit son projet et en sortit victorieux, sachant parler avec aisance à un auditoire, avec lucidité, sans éloquente rhétorique cependant ; cette sorte d'éloquence, il ne s'y essaye pas, la tenant en secondaire estime, mais il recherche ;want tout la clarté, la concision et la verve. Cette clarté chez lui n'est qu'un exemple du fameux précepte de Boileau: - Ce que l'on conçoit IJien s'énonce clairement Et les mots pour Je dire arrivent aisément.
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